Txilin : la clochette sacrée du Pays Basque

Txilin : la clochette sacrée dans la tradition basque

Lorsque l’on explore la mythologie et les traditions du Pays Basque, on rencontre une multitude de personnages, de forces naturelles et d’esprits qui structurent l’imaginaire ancien. Mais certains éléments plus discrets — des objets, des sons, des gestes — occupent également une place essentielle.
Parmi eux, le txilin (clochette, sonnaille) se distingue comme un objet à la fois pastoral, rituel et symbolique, dont le rôle dépasse largement la simple utilité quotidienne.

Qu’est-ce que le Txilin ?

En basque, txilin signifie clochette ou sonnaille. On le retrouve notamment :

  • accroché au cou des brebis et vaches,

  • dans les cérémonies populaires,

  • dans les églises rurales,

  • dans des récits et légendes où le son de la cloche possède une dimension magique ou protectrice.

Même s’il n’existe pas de génie ou divinité nommée « Txilin », l’objet lui-même est intégré dans les répertoires mythologiques basques en tant qu’élément au pouvoir symbolique.

Txilin : la clochette sacrée du Pays Basque

Un rôle protecteur contre les forces obscures

Dans les croyances anciennes du Pays Basque, le son du txilin agit comme un rempart contre les dangers invisibles. On retrouve cette idée dans plusieurs traditions :

1. Repousser les orages et la foudre

On sonnait les cloches des chapelles lorsque l’orage grondait, croyant que le son brisait les nuées et détournait la foudre.
Ce rituel, très présent au Labourd et en Navarre, s’apparente à une forme de communication entre humains et forces célestes.

2. Chasser les esprits ou créatures malfaisantes

Une légende de Mendive (Basse-Navarre) raconte que la cloche de l’ermitage "Salvatore" faisait fuir Basajaun, le seigneur sauvage des forêts, poursuivant un berger voleur.
Là encore, le son de la cloche marque une frontière entre le monde humain ordonné et l’univers chaotique des créatures sauvages.

3. Détacher les animaux venimeux

Certaines traditions affirment qu’un lézard ou serpent, une fois accroché à quelqu’un, ne lâchera prise qu’après avoir entendu la cloche d’une église précise.

Txilin, annonciateur de présages

Dans plusieurs villages, une croyance persistante veut que si la sonnerie dure plus longtemps que d’habitude ou résonne d’une manière inhabituelle, une mort imminente est à prévoir.
La cloche devient alors un messager entre les vivants et le monde des morts, à l’image de nombreuses traditions européennes où le bruit métallique repousse ou attire les âmes.

Le Txilin dans la vie pastorale

Bien avant de prendre un sens sacré, le txilin est d’abord un outil du berger.

  • Il permet d’entendre et localiser le troupeau dans les montagnes.

  • Chaque sonnaille a une signature sonore propre, permettant au berger de reconnaître ses bêtes.

  • Dans certaines régions, les sonnailles servaient aussi à protéger les animaux du begizko, le mauvais œil.

Le tintement régulier des sonnailles faisait partie intégrante du paysage sonore du Pays Basque rural.
Encore aujourd’hui, dans les fêtes pastorales, l’on peut admirer la diversité des cloches et leur fabrication artisanale.

Txilin dans les mascarades et rites saisonniers

On retrouve également le txilin dans des rituels collectifs, notamment lors des célébrations des Joaldunak de Zubieta et Ituren, où les danseurs revêtus de peaux d’animaux agitent d’immenses sonnailles (joareak) pour éveiller la terre à la fin de l’hiver.
Leur rôle rappelle directement l’usage mythique du bruit pour repousser le mal et purifier le temps nouveau.

Même si les sonnailles de ces rites sont plus grandes que les petits txilin pastoraux, c’est exactement la même logique symbolique :
le bruit métallique comme force de vie, de purification et d’ordre cosmique.

Dans plusieurs villages, on croit que si le son du txilin dure trop longtemps ou résonne étrangement, il annonce une mort imminente.

Bibliographie & sources

Ouvrages et études

  • Julien Vinson, Essai sur la mythologie basque, Paris, Maisonneuve, 1883.

  • José Miguel de Barandiaran, Mitología Vasca, Editorial Txertoa, 1972.

  • José Miguel de Barandiaran, Obras completas, Tomes II et III, Bilbao, 1973-1976.

  • Gaizka Aranguren, Euskal Mitologia, Pamiela, 2014.

  • Patxi Salaberri Zaratiegi, Euskal Hiztegi Historiko-Etimologikoa, Euskaltzaindia, 2020.

Articles et ressources en ligne

  • Euskal Mitologia – entrée “Txilin” (mythologie basque, lexique)

  • Euskaltzaindia – Diccionario General Vasco (entrée « txilin », étymologie et usages)

  • Musée Basque de Bayonne – collections pastorales

  • Ethnologie pastorale basque, revue Etniker-Bizkaia (archives en ligne)

Sources encyclopédiques

  • Entrée « Txilin » dans les listes lexicales liées à la mythologie basque (Wikipedia basque/français).

  • Entrée « Sonnaille » – aspects ethnographiques dans le pastoralisme pyrénéen.

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