1813 : Guerre et Redoutes au Pays Basque

Redoutes, frontières et bataille dans les Pyrénées occidentales

L’année 1813 fait entrer le Pays basque dans l’histoire militaire européenne. Pour la première fois depuis des siècles, une armée étrangère franchit la frontière franco-espagnole et s’engage en territoire basque. Les villages du Labourd et de la Basse-Navarre deviennent un théâtre d’opérations décisif, tandis que les redoutes, petites fortifications perchées sur les crêtes, jouent un rôle majeur dans la défense du territoire.

Cet article raconte la campagne de 1813 et montre comment ces ouvrages militaires ont structuré le front des Pyrénées.

Bataille de la Nivelle 10 novembre 1813

1813-1814 : Quand le Pays basque devient le dernier rempart de l’Empire

Au début du XIXᵉ siècle, l’Europe est bouleversée par les ambitions de Napoléon. Un temps alliées contre l’Angleterre, la France et l’Espagne voient pourtant leur destin basculer lorsque l’Empereur décide de conquérir le Portugal. L’armée française traverse alors la Bidassoa, descend l’Espagne et parvient à vaincre les Portugais. Profitant d’une crise dynastique, Napoléon va même jusqu’à placer son frère, Joseph Bonaparte, sur le trône d’Espagne.

Mais l’Angleterre ne reste pas spectatrice. Le 20 août 1808, le général Wellington débarque au Portugal avec une idée claire : stopper l’armée impériale.

L’ascension de Wellington et le recul français

À partir de 1812, les succès britanniques s’enchaînent. Wellington ouvre la route de Madrid, Joseph Bonaparte perd son trône et les troupes françaises se replient peu à peu vers la frontière.

Les Pyrénées deviennent alors la dernière barrière entre l’Empire et l’invasion. Le 7 juillet 1813, les cols d’Ispéguy et de Maya sont attaqués. La débâcle menace, l’armée se réorganise, et un homme prend les commandes : le maréchal Soult.

Soult à Saint-Jean-Pied-de-Port : tenir coûte que coûte

Soult arrive à Saint-Jean-Pied-de-Port le 21 juillet 1813 et installe son quartier général au château d’Olhonce. Son plan : faire de la ville une véritable base stratégique capable de mener offensives comme défenses.

Après quelques succès, la route de Pampelune semble s’ouvrir… jusqu’à la lourde défaite de Sorauren (28-30 juillet). Les Français doivent se replier vers la côte basque.

Fortifier le Pays basque

De retour à Saint-Jean-Pied-de-Port en octobre 1813, Soult fait un constat inquiétant : malgré les travaux entrepris en 1793, la citadelle ne suffit pas à protéger l’accès aux vallées de la Haute-Nive.

Il décide alors de revoir entièrement la défense du secteur :

  • contrôle des routes venant d’Espagne, de Bayonne et de Pau,

  • création de nouvelles positions fortifiées,

  • redoutes et batteries destinées à bloquer l’accès au col de Roncevaux et aux voies de Pampelune.

En quelques semaines, le paysage basque se transforme en véritable verrou militaire. Pourtant, la grande offensive redoutée n’arrive pas ici : Wellington choisit d’attaquer par la côte. Seules des attaques ponctuelles visent Saint-Jean-Pied-de-Port, avant que la place ne soit assiégée par les troupes espagnoles du général Mina, le 16 février 1814.

La fin d’une époque

Sur la côte, Wellington progresse inexorablement. Soult recule successivement ses lignes de défense : Bidassoa, Nivelle, Nive, puis Adour. Finalement, il se replie à Toulouse, où il installe une dernière ligne de résistance. Dans la nuit du 11 au 12 avril 1814, la ville est abandonnée.

Entre-temps, Paris a capitulé (31 mars) et l’armistice est signé le 18 avril. Bayonne et Saint-Jean-Pied-de-Port déposent les armes. Le traité de Paris (30 mai 1814) ramène la France à ses frontières de 1792.

7 octobre 1813 : la frontière est franchie

Le 7 octobre 1813, Wellington lance l’offensive. Ses troupes franchissent la Bidassoa, entre Irun, Urrugne et Hendaye. C’est l’entrée officielle d’une armée ennemie sur le sol français.

Les montagnes basques s’embrasent :

  • mouvements de troupes,

  • combats sur les crêtes,

  • replis et contre-attaques françaises.

Les redoutes deviennent les nœuds tactiques de cette guerre de montagne.

Wellington lance l’offensive. Ses troupes franchissent la Bidassoa, entre Irun, Urrugne et Hendaye.

Les redoutes : des fortins au cœur de la stratégie de 1813

Qu’est-ce qu’une redoute ?

Une redoute est une petite fortification fermée, en terre et en pierre, construite pour tenir un point stratégique : col, sommet, passage. Garnie de quelques dizaines d’hommes, elle permet :

  • d’observer,

  • de retarder l’ennemi,

  • de défendre un axe,

  • d’appuyer une ligne de tir.

Elles forment une chaîne défensive, dont chaque maillon contrôle un passage clé.

La redoute d'Amotz à Saint-Pée-sur-Nivelle et La Rhune

Les redoutes du Labourd : verrouiller le littoral

Autour de la Rhune

La Rhune devient un véritable verrou stratégique. Plusieurs redoutes y sont engagées dans les combats :

Redoute de Biscarzoun (Ascain / Saint-Pée-sur-Nivelle)

Ouvrage polygonal installé sur un mamelon isolé. Elle protège les approches intérieures et sert de poste avancé aux troupes françaises.

Camp retranché de Mouiz / Redoute de Koralhandia (Sare)

Construite en 1813, cette redoute en étoile à six branches est l’un des ouvrages les plus élaborés du front. Elle commande la crête au-dessus du col de Saint-Ignace et sert de pivot défensif.

Redoute de la Bayonnette (Urrugne – Mandalé)

Dominant la vallée de la Bidassoa, elle fait face à l’avancée alliée depuis l’Espagne. Son nom évoquerait un combat au corps à corps pour sa reprise.

La redoute de Koralhandia sur le massif de la Rhune

Redoute de la Bayonnette (Urrugne – Mandalé)

Saint-Pée-sur-Nivelle et les collines d’Amotz

Saint-Pée-sur-Nivelle et les collines d’Amotz : la seconde ligne

En arrière de la Rhune, les hauteurs d’Amotz forment une ligne défensive secondaire, destinée à protéger les routes menant à Bayonne. Mais ces ouvrages ne sont pas nés en 1813 : ils sont bien plus anciens.

Des redoutes issues des guerres de la Convention

Entre 1793 et 1794, lors des guerres de la Convention, la République française affronte l’Espagne. La frontière basque devient un front actif. Les autorités militaires reconnaissent alors la valeur stratégique d’Amotz :

  • les collines dominent les voies d’accès vers l’intérieur du Labourd,

  • elles surveillent les approches venant de la frontière,

  • elles couvrent l’arrière-pays en direction de Bayonne.

On y établit une série de fortifications de campagne : talus, parapets de pierre sèche, fossés rapides à creuser. Elles doivent retarder l’ennemi et soutenir l’infanterie républicaine.

Réutilisées en 1813

Lorsque Wellington avance en 1813, ces redoutes ne sont donc pas nouvelles. Elles sont réactivées, renforcées et intégrées au dispositif français. Leur existence prouve que le secteur avait une valeur militaire reconnue depuis plus de vingt ans.

Ainsi, Amotz témoigne de la continuité stratégique du Pays basque : un territoire frontalier transformé en bastion naturel.

La redoute d'Harrizmendi Amotz Saint-Pée-sur-Nivelle

Les redoutes de Basse-Navarre : tenir les cols d’altitude

Redoute de Lindux (Banca)

À plus de 1 200 m d’altitude, elle contrôle un passage stratégique entre Aldudes et Navarre espagnole. Elle sert de point d’observation et de verrou en profondeur.

Redoute de Soroluze (Soroluzeko Lepoa)

Située au col de Soroluze, elle surveille un axe frontalier d’altitude. Datant des guerres napoléoniennes, elle prend probablement la forme d’un petit ouvrage étoilé ou polygonal destiné à barrer le passage.

Redoute de Château-Pignon (Saint-Michel / Leizar Athéka)

Implantée sur une crête dominante, elle complète le dispositif défensif en altitude. Talus et fossés témoignent d’un poste chargé de contrôler les vallons entre France et Navarre.

Ces redoutes montrent que la défense française ne se limite pas aux vallées habitées : elle s’étend jusqu’aux crêtes les plus isolées.

Les redoutes de Soroluze et Château Pignon

La bataille de la Nivelle

Le 10 novembre 1813, la bataille de la Nivelle constitue un tournant majeur de la campagne des Pyrénées. Entre Sare et Ainhoa, près de 40 000 soldats alliés — Britanniques, Portugais et Espagnols — se lancent à l’assaut des positions françaises. Face à eux, l’armée impériale ne peut opposer qu’environ 17 000 hommes, retranchés dans les redoutes et fortifications de crête. Malgré une défense tenace, la supériorité numérique et tactique des alliés finit par emporter la décision.

La défaite ouvre alors la voie à la progression de Wellington et permet l’entrée massive des troupes britanniques sur le territoire français, basculant définitivement le front à l’intérieur du Pays basque.

Un front difficile et meurtri

La campagne de 1813 se déroule dans des conditions particulièrement éprouvantes :

  • pluie, brouillard, neige précoce,

  • pentes abruptes et terrains glissants,

  • ravitaillement difficile,

  • villages transformés en cantonnements ou hôpitaux.

Pour la population basque, le conflit est brutal et quotidien :

  • réquisitions de vivres,

  • maisons occupées par les soldats,

  • troupeaux saisis,

  • combats parfois menés à quelques centaines de mètres des habitations.

C’est une guerre physiquement et humainement rude, menée au cœur même de la vie des habitants, qui voient leur territoire devenir un champ de bataille.

C’est une guerre dure, vécue au cœur de la vie des habitants, dont le territoire devient un champ de bataille.

Héritage : un champ de bataille devenu patrimoine

Aujourd’hui, il reste :

✅ Les redoutes : Biscarzoun, Koralhandia, Mandalé, Lindux, Soroluze, Château-Pignon…
✅ Les chemins militaires, devenus sentiers de randonnée.
✅ Les toponymes évoquant batteries et baïonnettes.
✅ Les paysages où les lignes défensives sont encore lisibles.

Marcher sur les hauteurs basques, c’est suivre les lignes de combat de 1813.

Bibliographie

Ouvrages généraux

  • Bernard Brisé, Les combats de 1813 dans les Pyrénées, Éditions Sud-Ouest, 2013.

  • David Gates, The Spanish Ulcer: A History of the Peninsular War, Pimlico, 2002.

  • Charles Oman, A History of the Peninsular War, Volume VI, Clarendon Press, 1930.

Études régionales et thématiques

  • Pierre-Louis Bergez, La frontière des Pyrénées occidentales du XVIIIᵉ au XIXᵉ siècle, Bayonne, 2007.

  • Jean-Michel Larronde, Pays basque, histoire militaire et frontières, Pau, 2002.

  • Jean-Baptiste Guenot, Les fortifications de campagne sous la Révolution et l’Empire, Paris, 1998.

Sources locales

  • Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques (fonds militaires 1793-1814).

  • Inventaire régional du patrimoine culturel (Labourd – Basse-Navarre).

  • Offices de tourisme : Ascain, Sare, Urrugne, Saint-Pée-sur-Nivelle, Saint-Jean-Pied-de-Port

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Commentaires

Bertrand DAELDYCK
il y a 2 mois

Merci pour cet article, très intéressant. Bel objectif de randonnée les vestiges des redoutes.