Naissance, essor et disparition des tramways de Bayonne, Anglet et Biarritz (1877– 1950)
Pendant près de quatre-vingts ans, un réseau de tramways a structuré les déplacements entre Bayonne, Anglet et Biarritz. Bien avant la domination de l’automobile, ces lignes ont accompagné la transformation d’un territoire encore semi-rural en un ensemble urbain et touristique cohérent. Aujourd’hui disparus, les tramways du BAB ont pourtant laissé une empreinte durable dans le paysage et la mémoire locale.
Cet article retrace leur histoire, de leur création à la fin du XIXe siècle jusqu’à leur disparition dans les années 1950.
Le tramway de Bayonne, Anglet et Biarritz, vers 1905
Une côte en mutation : pourquoi un tramway ?
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, Bayonne est un centre administratif et commercial solide, tandis que Biarritz connaît un essor spectaculaire comme station balnéaire fréquentée par les élites européennes. Entre les deux, Anglet reste largement rurale, mais son positionnement géographique en fait un passage obligé.
Les routes existent, mais elles sont longues, poussiéreuses et peu adaptées à des déplacements réguliers et massifs. Le tramway apparaît alors comme une solution moderne : régulier, lisible, capable de transporter habitants, travailleurs et visiteurs. Comme dans de nombreuses villes françaises, il devient l’outil privilégié de la mobilité locale.
La gare des Cinq-Cantons à Anglet, desservie par le tramway, vers 1905
1877 : la naissance du BAB, première ligne Bayonne–Biarritz
Le 10 juin 1877 marque une date fondatrice : la mise en service de la première ligne de tramway reliant Bayonne à Biarritz. Cette ligne, rapidement surnommée BAB, traverse Anglet et constitue la toute première liaison structurée entre les deux villes.
À l’origine, le tramway fonctionne à vapeur. Les convois sont efficaces, mais imparfaits : fumées, bruit et projections de suie suscitent rapidement des critiques, en particulier dans une station balnéaire soucieuse de son image. Malgré cela, le succès est réel. Le BAB facilite les échanges quotidiens et contribue à rapprocher durablement les trois communes.
Le tracé de cette ligne laissera une trace durable dans la toponymie locale, notamment avec le boulevard du BAB, héritage direct de cette infrastructure pionnière.
La ligne était entièrement établie en site propre, indépendante de la voirie. D’une longueur totale de 7,866 kilomètres, elle traversait les communes de Bayonne, Anglet et Biarritz.
Elle assurait des correspondances avec le réseau ferroviaire de la Compagnie des chemins de fer du Midi en gare de Bayonne et en gare de Biarritz.
Le tramway du BAB à Biarritz, à l’emplacement de l’actuel rond-point de l’Europe, à la fin du XIXᵉ siècle.
1888 : le BLB, une seconde ligne structurante via Anglet Saint-Jean
Face à la croissance des besoins, une seconde ligne est mise en service en 1888 : la ligne Biarritz – Lycée de Marracq – Bayonne, plus connue sous le nom de BLB. Elle passe par le quartier d’Anglet Saint-Jean et se distingue du BAB par un tracé plus direct et plus urbain.
Le BLB n’est pas seulement un tram touristique. Il répond aussi aux déplacements quotidiens : accès au lycée, liaisons entre quartiers, trajets domicile-travail. Cette ligne contribue fortement à la structuration d’Anglet, qui commence à s’urbaniser le long de ces axes de transport.
Bayonne – Saint-Léon – Biarritz
Longue de 8,5 km, la ligne est mise en service le 18 octobre 1888 et fermée le 3 août 1948. Elle prend son origine à la gare de Bayonne, franchit le pont sur l’Adour, longe les allées Paulmy, puis suit la route de Biarritz pour aboutir devant le Casino de Biarritz.
Saint-Léon – Lycée de Marracq (embranchement)
Cet embranchement, d’une longueur de 1,5 km, est également ouvert le 18 octobre 1888. Il relie le quartier Saint-Léon au lycée de Marracq.
Le tramway du BLB à Anglet Saint-Jean, vers 1905
Un véritable réseau au début du XXe siècle
Au tournant du XXe siècle, le territoire ne dispose plus d’une simple ligne, mais bien d’un réseau de tramways, articulé autour de plusieurs axes complémentaires :
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le BAB, axe historique Bayonne–Anglet–Biarritz ;
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le BLB, plus direct, via Anglet Saint-Jean et Marracq ;
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un tramway côtier, développé ultérieurement, reliant Bayonne à l’embouchure de l’Adour et au littoral d’Anglet (secteur de La Barre), puis longeant la côte jusqu’à Hendaye.
Ces lignes se complètent et parfois se concurrencent, mais ensemble, elles offrent une desserte remarquable pour l’époque, reliant centres-villes, quartiers périphériques et zones de loisirs.
L’électrification : un tournant décisif (1914 –1920)
La traction vapeur montre rapidement ses limites. L’électrification apparaît comme une modernisation indispensable.
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En 1914, la ligne BLB est électrifiée, gagnant en confort, en régularité et en image.
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Le BAB, de son côté, connaît une modernisation progressive dans les années 1920, avec l’abandon définitif de la vapeur au profit de l’électricité.
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Le tramway côtier est, lui aussi, exploité dans un contexte de modernisation technique.
L’électrification marque l’âge d’or du tramway : les rames sont plus propres, plus silencieuses et mieux adaptées à un usage urbain et touristique.
Le tramway à Biarritz, vers 1927
Le tramway au quotidien : habitants, travailleurs et estivants
Dans l’entre-deux-guerres, le tramway est omniprésent dans la vie locale. Il transporte :
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les habitants se rendant au travail,
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les élèves et étudiants,
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les visiteurs et estivants accédant aux plages et aux lieux de villégiature.
Le réseau accompagne la croissance urbaine et l’essor touristique de la côte basque. Anglet, en particulier, se développe en lien direct avec ces infrastructures, qui structurent son territoire bien avant l’arrivée massive de l’automobile.
Le tramway à Bayonne sur le pont Mayou, vers 1925
Les causes du déclin : la route prend le dessus
À partir des années 1930, le modèle du tramway commence à s’essouffler. Plusieurs facteurs expliquent ce déclin :
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la montée en puissance de l’autobus, plus souple et moins contraignant en matière d’infrastructure ;
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la généralisation progressive de l’automobile, qui transforme les priorités d’aménagement ;
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le coût d’entretien élevé des voies, du matériel roulant et des installations électriques ;
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les contraintes urbaines, dans des villes où l’on souhaite élargir les routes et fluidifier la circulation.
La Seconde Guerre mondiale accélère l’usure du matériel et retarde les investissements nécessaires à une modernisation complète.
1948–1953 : la disparition progressive des lignes
La fin du réseau se fait en plusieurs étapes :
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1948 marque la fermeture de la ligne BLB et du tramway côtier.
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Le BAB, plus ancien et plus résilient, subsiste encore quelques années.
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En 1953, la ligne BAB est à son tour supprimée.
Avec cette dernière fermeture, le tramway disparaît totalement du paysage du BAB, mettant fin à une aventure commencée sous la Troisième République.
Le tramway à Biarritz
Bibliographie indicative
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Musée Basque et de l’Histoire de Bayonne, Le tramway de la Côte basque, dossiers patrimoniaux et iconographiques.
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Archives municipales de Bayonne, Anglet et Biarritz, délibérations et plans relatifs aux tramways et voies ferrées urbaines.
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Patrimoine Nouvelle-Aquitaine, inventaires des voies ferrées secondaires et tramways littoraux.
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Ouvrages et études sur les chemins de fer secondaires et tramways urbains du Sud-Ouest, fin XIXe – milieu XXe siècle.
- Philippe Salquin, « Au temps de l'incroyable épopée des tramways », Atalaya, revue trimestrielle de l’histoire, du patrimoine et de l'architecture de Biarritz, no 6, septembre 2004, p. 4-13
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