La passerelle d’Holzarte : vertige et mémoire de la montagne basque
Accrochée entre deux falaises vertigineuses, la passerelle d’Holzarte, à Larrau, semble flotter au-dessus du vide. Suspendue à plus de 150 mètres au-dessus des gorges d’Olhadubi, elle offre l’un des panoramas les plus spectaculaires du Pays basque. Ici, dans la Haute Soule, la nature impose sa grandeur : un cirque de roches abruptes, des torrents impétueux, et la forêt qui engloutit le sentier des randonneurs.
La passerelle d'Holzarte à Larrau
Un site sauvage et saisissant
Le chemin démarre à l’auberge du Logibar, quelques kilomètres avant Larrau. Une heure de marche à travers la hêtraie mène jusqu’à la passerelle, perchée entre ciel et abîme. Sous les pas, les planches vibrent légèrement, et le vide s’ouvre sur la gorge, profonde et étroite. La sensation est saisissante : à la fois frisson et émerveillement.
Une construction née du travail forestier
La passerelle n’a pas toujours été un lieu de promenade. Elle fut construite en 1920 pour servir à l’exploitation forestièredu versant d’Holzarte. Son objectif était simple : relier deux versants de la gorge pour permettre aux bûcherons et contremaîtres d’accéder plus rapidement aux chantiers de coupe.
Les travaux furent réalisés par des ouvriers italiens employés par la scierie Lombardi-Morello, installée à Tardets-Sorholus, à une vingtaine de kilomètres en contrebas. L’entreprise, très active dans la région dans les années 1920-1930, exploitait les hêtraies et sapinières des montagnes de Soule.
La passerelle servait donc à faciliter les déplacements du personnel et l’installation de câbles de débardage qui permettaient d’acheminer les troncs depuis les zones de coupe jusqu’aux pistes ou aux torrents.
La passerelle d'Holzarte à Larrau - circa 1925
La scierie Lombardi-Morello, pionnière de la forêt souletine
Fondée par une famille d’origine italienne, la scierie Lombardi-Morello devint l’un des principaux acteurs du bois dans la région de Tardets.
Elle employait une main-d’œuvre internationale — Italiens, Espagnols, puis ouvriers locaux — et introduisit des techniques modernes de sciage et de débardage par câbles dans les vallées escarpées de la Soule.
Ses chantiers couvraient tout le massif du pic d’Orhi jusqu’à Sainte-Engrâce.
Le bois d’Holzarte, essentiellement du hêtre et du sapin, descendait vers les scieries du piémont puis vers Bayonne et Anglet, où il alimentait les ateliers de menuiserie et de tonnellerie, ainsi que la construction navale.
La passerelle, œuvre audacieuse pour l’époque, symbolise aujourd’hui l’ingéniosité et la dureté du travail forestierdans ces montagnes isolées.
Restauration et sauvegarde
Victime du temps et des intempéries, la passerelle a été restaurée plusieurs fois, notamment à la fin du XXᵉ siècle puis en 2021.
Son ossature métallique et ses câbles ont été renforcés, mais son aspect d’origine a été soigneusement préservé. Elle demeure un chef-d’œuvre d’ingénierie de montagne, suspendue entre histoire et vertige.
Entre frisson et contemplation
Traverser Holzarte, c’est franchir un siècle d’histoire et ressentir la puissance du relief basque.
Sous la passerelle, l’Olhadoko Erreka creuse inlassablement la roche, tandis que les vautours planent au-dessus des crêtes.
L’endroit, sauvage et préservé, garde la mémoire du travail des hommes et la force immuable de la nature.
Holzarte, c’est plus qu’une randonnée : c’est un voyage suspendu entre ciel et terre, un hommage à ceux qui, il y a cent ans, ont dompté la montagne pour en tirer sa richesse.
La passerelle d'Holzarte à Larrau
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