Les Pics d'Irau

Les pics d’Irau : toponymie, géologie et ancrage ancien dans le paysage basque

Les pics d’Irau occupent une place singulière dans le paysage de Basse Navarre. Modestes par l’altitude mais riches par leur signification, ils constituent un exemple remarquable de la manière dont le relief, la langue et l’histoire humaine s’entrelacent durablement.

À la frontière des communes d’Estérençuby et de Lecumberry, les pics d’Irau surplombent, d’un côté, la vallée d’Estérenguibel et, de l’autre, les pâturages d’Archilondo. Leur altitude maximale, proche de 1 150 mètres, en fait un relief de moyenne montagne, mais leur présence marque fortement le territoire environnant.

Les pics d'Irau et la vallée d’Estérenguibel

Un nom ancien : Irau, Iraukotuturru

Le toponyme Irau, souvent étendu sous la forme basque Iraukotuturru, est révélateur de l’ancienneté de l’occupation et de la lecture du paysage par les populations locales.

En basque :

  • Irau renverrait à un terrain raide, incliné ou difficile, un espace que l’on identifie par sa rudesse plutôt que par sa hauteur.

  • -ko est un suffixe locatif signifiant « de » ou « du ».

  • turru (ou tutur) désigne une pointe, un sommet, une éminence.

Ainsi, Iraukotuturru peut être interprété comme « le sommet du lieu escarpé » ou « la pointe d’Irau ».
L’usage courant du pluriel – les pics d’Irau – s’explique par la morphologie du massif, composé de plusieurs croupes et sommets secondaires, sans point culminant isolé.

Cette toponymie, entièrement basque et probablement pré-romane, témoigne d’un rapport très ancien au relief, où le nom décrit d’abord la fonction et la forme du lieu plutôt qu’une entité abstraite.

Les Pics d'Irau

Un espace façonné par le pastoralisme

Bien avant d’être un objet d’intérêt paysager ou patrimonial, les pics d’Irau ont été un espace de travail et de survie. Leur géologie, peu propice à l’extraction de matériaux, a orienté l’usage du territoire vers le pastoralisme, activité dominante depuis le Moyen Âge, et sans doute bien avant.

Les pentes et plateaux sommitaux ont servi :

  • de zones d’estive,

  • de repères territoriaux entre vallées,

  • de lieux de circulation saisonnière pour les troupeaux.

Irau n’est donc pas une frontière administrative stricte, mais plutôt un repère naturel, intégré dans un réseau ancien de parcours, de droits d’usage et de traditions orales.

Bibliographie succincte

  • Jean-Baptiste Orpustan, Toponymie basque, Éditions Elkarlanean

  • Michel Morvan, Les noms de lieux du Pays basque, Christine Bonneton

  • BRGM, Carte géologique des Pyrénées-Atlantiques

  • Eugène Goyheneche, Le Pays basque et sa montagne, Privat

  • IGN, Cartes topographiques – série Pyrénées occidentales

Les Pics d'Irau

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