La Tour d'Urkulu

La Tour d’Urkulu : un trophée romain au sommet du Pays basque

Perchée à 1 419 mètres d’altitude, à la frontière entre la Basse Navarre et la Navarre, la Tour d’Urkulu est l’un des monuments antiques les plus fascinants et pourtant les plus méconnus du Pays basque. Dominant la vallée de Saint-Michel et les sommets navarrais, cette structure énigmatique témoigne d’une présence romaine ancienne et stratégique dans ces montagnes.
Monument commémoratif pour les uns, poste d’observation pour les autres, la Tour d’Urkulu continue d’alimenter les hypothèses et captive les visiteurs qui atteignent son sommet.

La Tour d’Urkulu : un trophée romain au sommet du Pays basque

Un emplacement exceptionnel au cœur des Pyrénées basques

Le mont Urkulu, facilement reconnaissable par sa silhouette arrondie, se situe sur la ligne de crête qui sépare aujourd’hui la France et l’Espagne. C’est un point de passage historique, emprunté depuis la préhistoire par les bergers, les armées, les pèlerins de Compostelle par des voies antiques reliant la plaine basque à la Navarre.

L’ascension classique démarre du col d’Arnostéguy, offrant une randonnée accessible avec un panorama incroyable sur l’ensemble de la chaîne pyrénéenne.

La Tour d’Urkulu : un trophée romain au sommet du Pays basque

Un monument romain : le “trophée” d’Urkulu

Une fonction avant tout symbolique

La Tour d’Urkulu est identifiée par les archéologues comme un tropaeum, c’est-à-dire un monument élevé par les Romains pour célébrer une victoire militaire.
Il aurait été construit à la fin du Ier siècle av. J.-C. ou au début du Ier siècle ap. J.-C., à une époque où Rome consolide sa domination sur l’Aquitaine.

Plusieurs sources attribuent son édification au gouverneur romain Marcus Valerius Messalla Corvinus, connu pour ses campagnes victorieuses contre diverses tribus locales — notamment les Tarbelles, peuple aquitain établi au nord des Pyrénées.

Architecture : une tour massive et volontairement visible

Même en ruines, la structure impressionne par sa taille :

  • diamètre à la base : environ 19,5 m

  • épaisseur des murs : près de 2,6 m

  • hauteur restante : environ 3,5 à 4 m

Elle prenait originellement la forme d’un cône tronqué, bâti en pierre locale.
Son volume et sa position dominante n’étaient pas fortuits : ce type de monument devait être vu de loin, autant pour marquer symboliquement un territoire que pour impressionner les populations locales.

La Tour d'Urkulu volontairement visible

Comment fonctionnait-elle à l’époque romaine ?

Contrairement à une tour de guet classique, la Tour d’Urkulu n’a pas livré de preuves d’aménagement intérieur complexe : pas d’escaliers identifiés, pas de niveaux internes conservés.
Les chercheurs s’accordent donc sur plusieurs points :

1. Un monument commémoratif avant tout

Sa fonction principale était symbolique : célébrer la puissance romaine et rappeler une victoire militaire.

2. Une borne territoriale monumentale

Placée sur une crête frontière naturelle, elle marquait la limite d’une zone sous contrôle romain.

3. Un point d’observation secondaire

Même si elle n’était pas une tour militaire, son emplacement permettait aux patrouilles romaines d’observer les vallées environnantes.
On peut donc imaginer qu’elle servait ponctuellement de repère ou de poste d’observation saisonnier, sans garnison permanente.

Cette ambiguïté entre fonction symbolique et usage pratique contribue à son charme mystérieux.

La Tour d’Urkulu : un trophée romain au sommet du Pays basque

Un lieu chargé d’histoire… et de préhistoire

Le mont Urkulu n’est pas seulement un site romain. Sur ses pentes, on peut également observer :

  • des cromlechs, cercles de pierres liés à des pratiques funéraires ;

  • des dolmens, preuves d’une occupation très ancienne ;

  • des vestiges modernes, comme une ancienne maison fortifiée datant de la guerre du Roussillon (fin du XVIIIᵉ siècle).

Ce cumul d’occupations, sur plus de 2 000 ans, fait du mont Urkulu un véritable palimpseste historique.

La Tour d’Urkulu : un trophée romain au sommet du Pays basque

Une origine romaine remise en question

Selon les recherches de Beñat Auriol, la tour d’Urkulu ne serait pas d’origine romaine. Plusieurs éléments vont dans ce sens.
D’abord, un point troublant : elle n’apparaît sur aucune carte avant 1840. Sur la carte des limites Caro d’Ornano, rien n’est indiqué sur le kasko d’Urkulu.
La carte importante de 1637, intitulée Descripcion de los puertos y paços que bienen de Francia a la villa de Burguete señalado los redutos, ne mentionne absolument rien non plus. Un ouvrage aussi imposant aurait pourtant dû être signalé.
En 1691, la carte de Sanson reste tout aussi muette.

À cela s’ajoutent les fouilles de 1989 et 1990, qui n’ont livré aucun matériel romain, ce qui affaiblit encore davantage l’hypothèse d’une construction antique.
Il suffit également de relire attentivement l’article de Tobie (1976) : de nombreux chapitres y sont rédigés au conditionnel, preuve que rien n’est fermement établi quant à une origine romaine.

En matière d’histoire, on peut toujours s’appuyer sur des preuves archéologiques solides. Or, un autre argument majeur se trouve dans l’architecture même de l’ouvrage : la maçonnerie d’Urkulu est identique à celle de la forteresse d’Arlekia, située à environ 7 km.
Or, Arlekia a été construite durant les deuxième et troisième guerres carlistes, dans le cadre du système de défense de la fonderie d’Orbaiceta, régulièrement attaquée par les Carlistes en raison de sa production de balles et d’obus.

Ainsi, l’ensemble de ces éléments — absence totale sur les cartes anciennes, résultats négatifs des fouilles, prudence des études antérieures et similitude de construction avec un bâtiment carliste avéré — tend à confirmer que la tour d’Urkulu serait une construction beaucoup plus récente qu’on ne l’a longtemps supposé, probablement liée aux guerres carlistes plutôt qu’à l’époque romaine.

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