L’eau au cœur des rituels basques
Au Pays basque, l’eau n’est pas seulement un élément vital : elle est aussi porteuse de croyances, de traditions et de symboles profondément ancrés dans la culture populaire. Sources, fontaines, pluie et rivières ont longtemps rythmé les gestes de protection, de guérison et les grands passages de la vie.
🔹 Rituels de protection et de guérison
La veille de la Saint-Jean (24 juin) était marquée par un rituel très répandu : se laver ou se baigner dans une rivière, une fontaine ou simplement dans la rosée du matin. On croyait que l’eau de cette nuit possédait des vertus purificatrices et protégeait pour toute l’année.
De même, l’eau de pluie recueillie le Vendredi Saint était réputée guérisseuse, notamment pour soigner les maladies de peau. Quant aux enfants, on les plongeait parfois dans certaines fontaines afin de les fortifier ou de les guérir.
La veille de la Saint-Jean, on se lavait dans une rivière, une eau réputée purifier et protéger pour l’année entière.
🔹 L’eau et les cycles de la vie
À la naissance, certaines mères faisaient boire à leurs nouveau-nés l’eau d’une fontaine précise pour les protéger. Dans le cadre du mariage, les jeunes époux pouvaient recevoir de l’eau bénite d’une source locale, gage de fertilité et de prospérité pour leur union.
🔹 L’eau et les croyances populaires
Dans la lutte contre les forces obscures, l’eau jouait un rôle central. L’eau bénite et certaines sources étaient considérées comme des remparts contre les maléfices ou les sorcières (sorgin). Les fontaines votives, souvent proches de chapelles rurales, recevaient pièces, épingles ou morceaux de tissu en offrande, afin d’obtenir une grâce.
En basque, ur signifie « eau ». Elle est omniprésente dans les légendes et récits liés aux êtres mythiques. Ainsi, la pluieest parfois perçue comme un signe divin : à Kortezubi, on raconte qu’elle annonce la venue du Christ. Quand elle accompagne un décès, elle symbolise le salut et la félicité. Chaque pluie avait son interprétation : celle de mai était bénéfique pour qui la recevait sur la tête, celle de la Saint-Pierre annonçait une belle récolte de châtaignes.
La nuit, en revanche, les eaux en extérieur étaient craintes : on disait qu’elles étaient sous l’emprise de génies maléfiques (Gaizkiñak) ou d’esprits trompeurs. À l’opposé, certaines eaux possédaient un pouvoir bienveillant : celle de la Saint-Jean ou encore l’eau recueillie la dernière nuit de l’année, gardée précieusement pour assurer la santé tout au long des mois suivants.
Dans certains villages, les enfants portaient même cette eau bénite de maison en maison, en chantant :
Ur goiena, ur barrena, urte berri egun ona;
etxe onetan sar dedilla pakearekin ondasuna,
onarekin asasuna; gure baratzan belar ona;
Jaungoikoak digula egun ona.
Ce qui se traduit ainsi :
« Eau d’en haut, eau d’en bas, nouvelle année, bonjour !
Que dans cette maison entrent la richesse et la paix,
la santé avec l’abondance ;
dans notre jardin, une herbe fertile ;
que Dieu nous accorde une bonne journée. »
🔹 L’eau dans les pratiques collectives
Chaque année, on accrochait des croix de laurier aux limites des villages, et les terres étaient bénies à l’aide d’eau sainte. Cette coutume est attestée dès 1535 à Ataun, ce qui en fait l’un des plus anciens témoignages connus de ce rapport sacré à l’eau.
Des croix de laurier étaient dressées aux abords des villages, tandis que les terres étaient bénies avec de l’eau sainte.
Ajouter un commentaire
Commentaires