La Préhistoire au Pays Basque

Aux origines du Pays basque : voyage de 50 000 ans dans la Préhistoire

Lorsque l’on contemple les montagnes basques, la douceur des vallées d’Iparralde ou les falaises ouvertes sur l’Atlantique, il est difficile d’imaginer que ces paysages ont vu défiler des dizaines de millénaires d’histoire humaine. Bien avant l’apparition des premiers villages, des langues et des traditions, le Pays basque a été le théâtre d’une occupation humaine très ancienne, dont les traces demeurent gravées dans la roche. De l’arrivée des premiers hommes jusqu’à la fin du Mésolithique, plongeons dans ce long voyage aux origines du territoire.

Un territoire propice à la vie humaine

Le Pays basque possède des atouts naturels qui ont rapidement attiré les groupes humains préhistoriques. Sa situation, entre océan, collines et montagnes, offrait des ressources variées : rivières riches en poissons, forêts abondantes en gibier, grottes naturelles servant d’abri. Il y a environ 50 000 ans, alors que l’Europe était encore marquée par un climat froid, ces abris rocheux ont constitué des refuges privilégiés.

Les premiers habitants connus du territoire sont des Néandertaliens, installés dans certaines grottes du piémont pyrénéen. Ils y ont laissé des outils de pierre, témoignant de leur savoir-faire. Quelques milliers d’années plus tard, ils côtoient ou sont remplacés par les Homo sapiens, appelés aussi Hommes modernes. Ces derniers marquent profondément le Pays basque de leur empreinte culturelle, notamment par l’art qu’ils développent.

L’âge d’or artistique du Paléolithique supérieur

Le Paléolithique supérieur, qui s’étend sur plusieurs dizaines de millénaires, est l’une des périodes les plus riches de l’histoire humaine dans la région. Les Hommes modernes qui occupent alors le Pays basque ne se contentent pas d’y survivre : ils y créent, imaginent, transmettent.

Parmi les sites les plus remarquables, le complexe des grottes d’Isturitz, Oxocelhaya et Erberua, situé entre Hasparren et Saint-Palais, constitue un véritable joyau. Ces grottes n’ont pas seulement servi d’abris : elles ont été un centre culturel majeur de la préhistoire en Europe. On y a découvert des milliers d’objets datant du Paléolithique, témoignant d’un artisanat raffiné et d’une vie symbolique foisonnante.

L’art mobilier y est particulièrement développé. Des instruments de musique, notamment des flûtes façonnées dans des os d’oiseaux, y ont été retrouvés, suggérant l’existence de pratiques musicales. Des sculptures, des bâtons gravés et des représentations animales témoignent également d’une grande créativité. Ces objets laissent imaginer un monde riche de rites, de croyances et d’expressions artistiques.

Le Pays basque n’est pas seulement un terrain d’art mobilier : il est aussi marqué par l’art pariétal, visible à travers plusieurs grottes ornées. Si certaines œuvres ne sont plus accessibles pour des raisons de conservation, on peut encore admirer des représentations peintes ou gravées dans plusieurs sites de la région. Ces œuvres représentent souvent des animaux — chevaux, bisons, bouquetins — qui occupaient une place essentielle dans la vie quotidienne des chasseurs préhistoriques. Elles révèlent aussi une maîtrise étonnante du dessin, des proportions et du mouvement.

Une vie au rythme de la nature

La vie au Paléolithique était intimement liée à la nature. Les hommes et les femmes vivaient en petits groupes, se déplaçant au fil des saisons pour suivre le gibier, pêcher dans les rivières et récolter les ressources sauvages disponibles. Cette mobilité permanente faisait partie intégrante de leur mode de vie.

Les principaux animaux chassés évoluaient en fonction du climat : rennes, chevaux sauvages, bisons, mais aussi poissons et petits mammifères. Les chasseurs utilisaient des armes efficaces, dont la conception se perfectionnait au fil du temps : sagaies, harpons, lances puis propulseurs. Les outils étaient fabriqués principalement en silex, mais aussi en os ou en bois de renne, et parfois en os de baleine récupéré sur les carcasses échouées sur le littoral atlantique. Ce matériau, plus rare à l’intérieur des terres, était particulièrement prisé pour la fabrication d’outils robustes ou d’objets symboliques, témoignant de contacts entre groupes installés sur la côte et ceux de l’arrière-pays.

Les grottes n’étaient pas occupées en permanence. Elles servaient souvent de refuges saisonniers ou de lieux de rassemblement. Il est probable que certaines cavités, en particulier celles ornées, avaient un usage symbolique ou rituel. Les campements pouvaient également s’établir en plein air, près des points d’eau ou des zones de chasse.

Le feu jouait un rôle essentiel dans la vie quotidienne : source de chaleur, de lumière et de cuisson des aliments. Il favorisait aussi les échanges et la transmission de savoirs. On imagine facilement les veillées où se transmettaient les récits du groupe, les techniques de chasse et peut-être les mythes fondateurs.

Les grottes servaient surtout de refuges saisonniers ou de lieux de rassemblement.

Le Mésolithique : une petite révolution silencieuse

Aux alentours de 10 000 ans avant notre époque, le climat se réchauffe progressivement à la fin de la dernière période glaciaire. Le paysage du Pays basque se transforme : la toundra laisse place aux forêts tempérées, où se développent chênes, pins et noisetiers. Cette mutation de l’environnement entraîne un changement profond dans le mode de vie des habitants.

Le Mésolithique, que l’on pourrait qualifier de période de transition, marque la fin du monde des grands chasseurs du Paléolithique. Les rennes et autres animaux de steppe disparaissent des régions occidentales, remplacés par des espèces forestières comme le cerf ou le sanglier. Les groupes humains s’adaptent en développant de nouvelles techniques de chasse et de nouvelles armes.

L’arc se généralise progressivement, rendant la chasse plus efficace en milieu forestier dense.

Les outils se diversifient et deviennent plus petits et plus précis. On assiste à l’apparition des microlithes, minuscules éclats taillés qui servent de pointes ou de lames, souvent fixés sur du bois ou de l’os pour former des flèches. L’arc se répand progressivement, permettant une chasse plus efficace dans les forêts denses.

Cette période voit aussi une diversification des ressources alimentaires : la pêche, la collecte de fruits, de baies et de noix prennent une place plus importante. Les populations restent nomades, mais leurs déplacements se font sur des territoires plus restreints.

Les traces matérielles du Mésolithique sont moins spectaculaires que celles du Paléolithique. Peu d’art pariétal, peu de sculptures : l’expression symbolique semble différente, plus discrète. Cependant, des sites situés dans les Pyrénées ou en basse montagne témoignent de la présence de ces groupes, qui ont su s’adapter à un environnement désormais boisé.

Les populations restent nomades, mais leurs déplacements se font sur des territoires plus restreints.

Découvrir la Préhistoire basque aujourd’hui

Le Pays basque offre encore aujourd’hui la possibilité de découvrir cette histoire ancienne en visitant des sites remarquables. Plusieurs grottes se visitent et proposent des parcours adaptés à tous les publics.

En Basse Navarre Les grottes d’Isturitz et d’Oxocelhaya, est un incontournable. On y découvre les traces d’une occupation humaine sur plusieurs millénaires, des œuvres gravées et un volume impressionnant qui laisse imaginer la vie préhistorique. En Navarre et au Pays basque sud, d’autres grottes ornées, comme celles de Bizkaia et du Gipuzkoa, proposent des visites permettant d’appréhender l’art pariétal dans toute sa richesse.

Le territoire compte également des musées et espaces d’interprétation dédiés à la préhistoire, qui offrent des clés pour mieux comprendre les modes de vie de ces premiers habitants.

En guise de conclusion

Le long passé préhistorique du Pays basque rappelle combien ce territoire fut, dès les origines, un lieu de vie, de création et d’adaptation. Du temps des Néandertaliens aux derniers chasseurs du Mésolithique, l’histoire de la région est marquée par des évolutions profondes, liées au climat, aux ressources et aux innovations humaines.

Si les traces les plus visibles demeurent les grottes ornées du Paléolithique, il ne faut pas oublier que des milliers de générations ont parcouru ces vallées, chassé dans ces forêts et laissé, parfois invisibles, les empreintes de leur passage. S’y intéresser, c’est mieux comprendre les racines du territoire et la relation ancienne entre l’homme et ce paysage qui nous entoure encore aujourd’hui.

Du temps des Néandertaliens aux derniers chasseurs du Mésolithique

Bibliographie succincte – Préhistoire au Pays basque

  • Isturitz et Oxocelhaya, René de Saint-Périer.
    Ouvrage de référence sur les grottes majeures du Pays basque.

  • Les grottes ornées des Pyrénées, Norbert Aujoulat.
    Synthèse claire sur l’art pariétal pyrénéen, incluant le Pays basque.

  • La Préhistoire des Pyrénées, Dominique Henry-Gambier.
    Vision d’ensemble accessible des cultures préhistoriques pyrénéennes.

  • Bulletin de la Société préhistorique française.
    Articles scientifiques de référence sur le Paléolithique et le Mésolithique.

  • Grotte d’Isturitz et d’Oxocelhaya, documents et notices scientifiques.
    Ressources locales fiables pour le contexte basque.

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