Le village de Saint-Jean-le-Vieux - Donazaharre

Saint-Jean-le-Vieux / Donazaharre : aux origines du Pays de Cize

À seulement quatre kilomètres à l’est de Saint-Jean-Pied-de-Port, le village de Saint-Jean-le-Vieux, ou Donazaharreen basque, s’étend paisiblement à 160 mètres d’altitude, le long des rives du Laurhibar.
Son nom, Donibane Zaharra, signifie littéralement « le Vieux Saint-Jean » — un clin d’œil à son rôle fondateur dans l’histoire de la Basse-Navarre.

Le village de Saint-Jean-le-Vieux - Donazaharre

Un nom chargé d’histoire

Les archives du royaume de Navarre mentionnent le village sous de nombreuses formes à travers les siècles :
« Sancti Johannis de Cisera » (1150), « Sant Iohan lo vieyll » (1264), « San-Juan-el-Viejo » (1479), ou encore « Sanctus-Petrus de Saint-Jean-le-Vieux » (1685).
Pendant la Révolution française, il prit brièvement le nom de Franche, avant de retrouver son appellation d’origine.

Le village de Saint-Jean-le-Vieux - Donazaharre

Une cité antique au pied des Pyrénées

Bien avant Saint-Jean-Pied-de-Port, Saint-Jean-le-Vieux fut le cœur du Pays de Cize.
Les Romains y avaient établi une importante garnison, Immus Pyrenaeus, littéralement « au pied des Pyrénées ».
Ce poste militaire stratégique servait de relais sur la voie romaine reliant Bordeaux à Astorga, favorisant le commerce et les échanges.
Les richesses minières des vallées voisines — fer, cuivre et argent — assuraient la prospérité du site, qui fut pendant longtemps un centre économique majeur.

Des traces romaines toujours visibles

En 1965, des fouilles archéologiques menées près de l’église ont révélé les vestiges de thermes romains, ainsi qu’un riche mobilier : amphores, monnaies, céramiques et objets en verre.
Le site, classé Monument Historique en 1984, témoigne de la vitalité de cette cité antique.
Les découvertes sont aujourd’hui visibles dans un petit musée archéologique installé à proximité, qui permet aux visiteurs de plonger dans la vie quotidienne de l’époque romaine.

La motte castrale : vestige du premier château

Au XIe siècle, Saint-Jean-le-Vieux se dote d’un castellum, fortification connue sous le nom de Sancti-Petri.
Cette motte castrale, encore visible aujourd’hui, abritait un château défensif qui fut détruit en 1177 par Richard Cœur de Lion, alors en guerre contre les seigneurs locaux.
Elle demeure un témoignage rare de l’architecture militaire médiévale en Basse-Navarre.

La motte castrale : vestige du premier château de Saint-Jean-le-Vieux Donazaharre

Un lieu de passage pour les pèlerins

Face à l’église Saint-Pierre d’Usakoa, sur la place du village, se dresse une croix navarraise posée sur trois gradins.
Symbole de foi et de protection, elle servait autrefois de point de rassemblement pour les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Avant de reprendre leur route, les voyageurs s’y arrêtaient pour prier et se reposer.

Le chemin primitif de Compostelle passait d’ailleurs ici : il tournait à gauche après la maison Mayté, traversait le Laurhibar à gué, puis rejoignait la Madeleine en suivant la voie romaine d’Irumberry.
Ce n’est que plus tard, pour des raisons économiques, que l’itinéraire fut détourné vers Saint-Jean-Pied-de-Port, la nouvelle capitale de la Basse-Navarre.

Le village de Saint-Jean-le-Vieux - Donazaharre

🏛️ À voir et à faire à Saint-Jean-le-Vieux / Donazaharre

1. La chapelle, le prieuré et le moulin de la Magdeleine

À Saint-Jean-le-Vieux, le quartier de la Magdeleine conserve un ensemble patrimonial exceptionnel : le moulin du XIIIᵉ siècle, la chapelle et l’ancien prieuré qui lui fait face.
Ces édifices furent fondés au Moyen Âge par l’ordre des Prémontrés, religieux hospitaliers qui œuvraient à l’accueil des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Ils témoignent de l’essor du pèlerinage à cette époque, sur ces chemins encore foulés aujourd’hui par des milliers de marcheurs en route vers Roncevaux et Compostelle.

2. Le camp romain et le musée archéologique

À quelques pas du bourg, le camp romain d’Immus Pyrenaeus rappelle que Saint-Jean-le-Vieux fut le berceau antique du Pays de Cize.
Ce site, classé Monument Historique, abritait une garnison romaine et servait de relais sur la voie reliant Bordeaux à Astorga.
Les fouilles menées en 1965 ont mis au jour des thermes, des amphores, des monnaies et divers objets en céramique et en verre.
Ces trésors sont exposés dans le musée archéologique situé à proximité, qui plonge les visiteurs dans la vie quotidienne d’une cité romaine au pied des Pyrénées.

3. La motte castrale médiévale

Près du camp romain subsiste la motte castrale du XIᵉ siècle, vestige du castellum Sancti-Petri.
Ce premier château, construit sur un tertre de terre fortifié, contrôlait autrefois les voies de passage vers la vallée du Laurhibar et les cols pyrénéens.
En 1177, lors d’un conflit avec les seigneurs locaux, Richard Cœur de Lion fit raser cette fortification.
La motte, encore visible aujourd’hui, demeure un témoin rare de l’architecture défensive médiévale en Basse-Navarre et offre un superbe point de vue sur la campagne environnante.

Le village de Saint-Jean-le-Vieux - Donazaharre

Bibliographie

  • Itinéraire d’Antonin
    Édition critique et traduction, Itineraria Romana, sources antiques sur le réseau routier romain et la station d’Imus Pyrenaeus.

  • Tobie, Jean-Louis, Les vestiges gallo-romains de Saint-Jean-le-Vieux (Basse-Navarre),
    Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne, années 1960-1970.
    → Étude de référence sur les fouilles archéologiques (thermes, monnaies, mobilier).

  • Réchin, Jean-Bernard, La Basse-Navarre antique et médiévale,
    Éditions du CNRS / Université de Pau.
    → Contexte historique régional, romanisation et structures militaires.

  • Cursente, Benoît, Châteaux et pouvoirs en Navarre médiévale,
    Presses Universitaires du Mirail.
    → Données sur la motte castrale, le castellum Sancti-Petri et les conflits féodaux.

  • Ducéré, Édouard, Dictionnaire historique et géographique du Pays Basque,
    Bayonne, fin XIXᵉ siècle.
    → Toponymie, formes anciennes du nom, sources d’archives.

  • Orpustan, Jean-Baptiste, Toponymie basque,
    Presses Universitaires de Bordeaux.
    → Analyse linguistique de Donazaharre et des formes anciennes.

  • Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, séries médiévales et modernes
    → Mentions de Saint-Jean-le-Vieux dans les archives navarraises, ecclésiastiques et révolutionnaires.

  • Office de tourisme de Garazi – Pays de Cize, Saint-Jean-le-Vieux : histoire et patrimoine
    → Synthèse patrimoniale et valorisation locale (site antique, chemin de Compostelle).

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