Dans les vignes d’Irouléguy, l’ombre du phylloxéra

Irouléguy, 1912.
Depuis des siècles, les coteaux abrupts de Baigorri portent la vigne. On raconte que ce sont les moines augustins de Roncevaux qui, au XIIIᵉ siècle, ont su tirer parti des terrasses naturelles de l’Arradoy et du Jara pour y planter les premiers ceps. Le vin servait alors aux pèlerins de Compostelle, réconfortés après leur longue marche sur le Camino francés.

Après le traité des Pyrénées de 1659, la frontière contraignit les religieux à quitter leurs terres. Les habitants prirent le relais, encouragés par le vicomte d’Urdos qui n’hésita pas à pousser la culture jusque sur les pentes les plus escarpées. Le vignoble d’Irouléguy prospéra ainsi au fil des siècles, accompagnant l’essor viticole que connut toute la France au XVIIIᵉ siècle.

Mais aujourd’hui, un péril sourd menace ces collines où chaque pied de vigne est le fruit de générations de travail acharné. Dans certaines parcelles, des ceps noircissent, dépérissent, meurent sans que l’on comprenne d’abord pourquoi. Les anciens chuchotent un nom venu du Bordelais et de Champagne, une menace que l’on croyait lointaine : le phylloxéra.

Ce minuscule parasite, invisible à l’œil nu, s’attaque aux racines et condamne les vignes à une lente agonie. Déjà, des familles de vignerons voient leur récolte compromise, et l’on craint que l’ensemble du vignoble d’Irouléguy ne soit frappé.

Jusqu’ici, le vin de Baigorri avait résisté aux guerres, aux frontières, aux siècles. Mais cette fois, l’ennemi est caché dans la terre même. Les jours qui viennent diront si nos vignes basques pourront survivre à ce fléau qui, partout en France, fait basculer des pans entiers de notre patrimoine viticole.

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