Le mont Alkurruntz, sentinelle du Baztan
À la frontière des mondes — entre Navarre intérieure, vallée du Baztan et passages historiques vers le Labourd — le mont Alkurruntz s’impose dans le paysage comme une silhouette immédiatement reconnaissable. Depuis le Labourd, il se détache nettement à l’horizon et prend l’allure d’une véritable pyramide de pierre. Montagne de mythes et de silence, il concentre en quelques centaines de mètres d’altitude une histoire dense, allant de la préhistoire aux tensions stratégiques du XXᵉ siècle.
Le mont Alkurruntz, sentinelle de la vallée du Baztan
Situation géographique et cadre naturel
Le mont Alkurruntz culmine à 934 mètres d’altitude, au nord de la vallée du Baztan, à proximité immédiate du col d’Otxondo (Otsondo), axe ancien reliant Pampelune aux ports de la côte basque. Depuis son sommet, par temps clair, le regard embrasse à la fois les reliefs atlantiques, la vallée du Baztan et, vers le nord, les premières ondulations annonçant la Nivelle.
Morphologiquement, Alkurruntz se distingue par sa forme pyramidale et ses affleurements de grès, caractéristiques de cette zone de transition entre la montagne basque et les reliefs cantabriques. Le secteur est également remarquable sur le plan hydrologique : les sources de la Nivelle prennent naissance non loin du massif, rappelant le rôle fondamental de ces montagnes dans l’organisation du territoire.
Le mont Alkurruntz, sentinelle de la vallée du Baztan
Toponymie : un nom ancien et mouvant
Le nom Alkurruntz apparaît dans les archives sous différentes formes anciennes : Alcurruz, Alcurrunz, voire Alkurruz. Les études toponymiques menées en Navarre, notamment par Euskaltzaindia, montrent que la forme actuelle est le résultat d’une évolution linguistique progressive plutôt qu’une création récente.
Un point particulièrement intéressant est l’existence du nom Arluze / Arluz, parfois donné comme un sommet distinct, mais que certaines sources identifient comme synonyme ancien ou local d’Alkurruntz. Ce phénomène est courant dans la toponymie basque : un même relief peut porter plusieurs noms selon les vallées, les usages pastoraux ou les époques.
L’étymologie exacte reste discutée. Comme souvent, le sens originel du nom s’est probablement figé très tôt, et seuls les linguistes spécialisés — notamment Mikel Belasko, référence incontournable en Navarre — proposent des hypothèses fondées sur des racines anciennes aujourd’hui obscures.
Une montagne préhistorique
Le massif d’Alkurruntz s’inscrit dans l’un des ensembles mégalithiques les plus riches de Navarre. Dès la préhistoire récente (Néolithique et âge du Bronze), ces crêtes furent fréquentées, parcourues et ritualisées.
Parmi les éléments identifiés :
Ces structures témoignent d’un paysage sacralisé, où les hauteurs jouaient un rôle central dans les pratiques funéraires et symboliques. Comme ailleurs au Pays basque, la tradition populaire a longtemps attribué ces monuments aux mairuak, géants mythiques censés avoir précédé l’humanité actuelle.
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Du mythe à la stratégie : Alkurruntz au XXᵉ siècle
Alkurruntz n’est pas seulement une montagne de bergers et d’archéologues. Au XXᵉ siècle, sa position stratégique en fit un point d’intérêt militaire.
À proximité du sommet subsistent les traces d’un ouvrage souterrain, souvent qualifié de bunker ou de fortification. Bien que modeste, il s’inscrit dans un réseau plus large de dispositifs défensifs et d’observation édifiés dans le nord de la Navarre, en particulier dans le contexte des tensions frontalières et de la guerre civile espagnole.
Non loin de là, une station sismologique rappelle une autre facette du XXᵉ siècle : la volonté de surveiller, mesurer et comprendre un territoire longtemps perçu comme instable, tant sur le plan géologique que politique.
Patrimoine naturel et paysages culturels
Le col d’Otxondo et les pentes d’Alkurruntz conservent également un patrimoine naturel discret, notamment une petite zone humide recensée dans des programmes de protection environnementale. Les paysages actuels — plantations de résineux, hêtraies atlantiques, pâturages — sont le fruit d’un équilibre ancien entre exploitation humaine et contraintes naturelles.
Ces paysages, souvent perçus comme “naturels”, sont en réalité des paysages culturels, façonnés par des siècles de pastoralisme, de passages transfrontaliers et d’adaptations économiques.
Alkurruntz aujourd’hui : une montagne de mémoire
Aujourd’hui, Alkurruntz est avant tout un sommet de randonnée, apprécié pour sa relative tranquillité et son accès aisé depuis Otsondo. Mais derrière la simplicité du sentier se cache une montagne stratifiée, où chaque époque a laissé une empreinte :
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les bâtisseurs de dolmens,
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les communautés pastorales,
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les ingénieurs militaires,
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et désormais les promeneurs et les chercheurs de mémoire.
Alkurruntz incarne ainsi une constante du patrimoine basque : des lieux modestes en apparence, mais d’une profondeur historique remarquable, pour peu qu’on prenne le temps de les lire.
Bibliographie succincte
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Belasko, Mikel, Diccionario etimológico de los nombres de lugar de Navarra, Gobierno de Navarra.
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Euskaltzaindia, archives toponymiques de Navarre (Baztan, Bortziriak, Malerreka).
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Gobierno de Navarra, Catálogo de monumentos megalíticos de Navarra.
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Mendikat.net, fiches de sommets et descriptions du massif d’Alkurruntz.
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Ayuntamiento del Baztan, inventaires patrimoniaux et archéologiques communaux.
Le mont Alkurruntz, sentinelle de la vallée du Baztan
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