Pays Basque Autrefois : les Forges de Banca

Les Forges de Banca : mémoire industrielle au cœur de la vallées des Aldudes

Au fond de la vallée des Aldudes, niché entre montagnes verdoyantes et Nive, le village de Banca cache un patrimoine aussi discret qu’exceptionnel : les Forges de Banca. Peu connues du grand public, elles racontent pourtant plusieurs siècles d’aventure humaine, minière et industrielle dans l’un des plus beaux paysages de Basse Navarre.

À première vue, rien ne laisse imaginer qu’ici s’élevait autrefois un important centre métallurgique. Et pourtant, durant des générations, le bruit des marteaux, la chaleur des fours et l’activité des ouvriers ont façonné la vallée.

Le village de Banca était autrefois connu sous le nom de La Fonderie. Simple hameau et quartier dépendant de la paroisse de Saint-Étienne-de-Baïgorry, il ne fut érigé en commune qu’en 1793. Ce n’est qu’en 1874 que La Fonderie prit officiellement le nom de Banca, conservé depuis lors.

Les Forges de Banca au début du XXe siècle

Une richesse exploitée depuis des siècles

L’histoire de Banca est intimement liée à son sous-sol. Les ressources minières locales auraient été exploitées dès l’époque romaine, notamment pour le plomb, l’argent et le fer. Cette ancienneté témoigne de l’intérêt stratégique de la vallée depuis des siècles.

Mais c’est surtout au XVIIIe siècle que le site prend une dimension nouvelle. Un entrepreneur venu de Suisse, Laurent Beugnière de la Tour, entreprend alors une vaste prospection minière destinée à relancer l’exploitation des richesses locales.

En 1747, s’achève la construction d’une grande fonderie de cuivre. L’établissement devient rapidement l’un des plus importants du sud-ouest du royaume de France.

Vers 1756, à l’apogée de l’activité, près de 130 tonnes de métal auraient été produites. L’usine employait alors environ 400 personnes, chiffre considérable pour une vallée de montagne aussi isolée.

La naissance des forges

Après cette période prospère, un lent déclin s’amorce. L’établissement subit finalement une destruction lors des guerres de la Convention en 1793, mettant un terme brutal à cette première aventure industrielle.

Trente années plus tard, à partir de 1825, l’industriel Jean-Baptiste Ricqbour construit une nouvelle usine à haut fourneau sur les ruines de l’ancienne fonderie.

C’est ainsi que renaissent les Forges de Banca, organisées autour d’un impressionnant haut fourneau bâti en pierre locale. Alimenté au charbon de bois et activé grâce à la force de l’eau, il permet de produire de la fonte puis du fer travaillé dans différents ateliers.

Le fonctionnement reposait sur un équilibre ingénieux :

  • le minerai arrivait depuis les zones d’extraction ;
  • l’eau des torrents actionnait roues et soufflets ;
  • le charbon de bois provenait des forêts environnantes ;
  • les ateliers transformaient ensuite la matière en produits utiles.

Dans une vallée isolée, tout un système économique local se mettait en place.

Une vie rude 

Comme dans beaucoup de sites industriels du XIXe siècle, la vie autour des forges était exigeante. Le travail y était physique, chaud, dangereux parfois. Les journées étaient longues et rythmées par les besoins de production.

Cependant, il semble que les habitants de La Fonderie ne tirèrent que peu de bénéfices de cette activité industrielle. L’entreprise employait en effet une importante main-d’œuvre étrangère, tandis que la population locale était surtout mobilisée pour les transports de bois ou de minerai.

Les muletiers locaux étaient rémunérés à des tarifs inférieurs d’environ 30 % à ceux pratiqués ailleurs. Par ailleurs, alors que les habitants subissaient des restrictions sur les coupes de bois de chauffage, l’établissement industriel provoqua une forte déforestation dans la vallée.

Les Forges de Banca témoignent ainsi d’un moment charnière : celui où les territoires ruraux entrent dans l’ère industrielle, souvent au prix de déséquilibres sociaux et environnementaux.

Le déclin face à la modernité

Entre 1865 et 1893, la banque stéphanoise Girard, Nicolas et Compagnie entreprend de nouveaux travaux miniers. Mais l’activité n’a plus l’ampleur passée : l’effectif n’est plus que d’une trentaine de personnes.

Malgré ces tentatives de relance, le site souffre progressivement de plusieurs handicaps :

  • éloignement des grands axes commerciaux ;
  • coûts de transport élevés ;
  • concurrence des grandes usines proches des bassins houillers ;
  • industrialisation rapide de la sidérurgie moderne.

Le silence finit par remplacer définitivement le vacarme des machines.

Les Forges de Banca au début du XXe siècle

Bibliographie

  • Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, fonds relatifs aux mines et forges de Banca.
  • Base Mérimée, Ministère de la Culture, dossier patrimonial sur les Forges de Banca.
  • Centre d’interprétation du patrimoine minier et métallurgique Olhaberri, Olhaberri.
  • Collectif, Histoire industrielle du Pays basque intérieur, publications régionales.
  • Revue Bulletin du Musée Basque, articles consacrés aux activités minières de la vallée des Aldudes.
  • La Révolution industrielle en France, chapitres consacrés à la sidérurgie provinciale.
  • Sources locales et documents historiques de la commune de Banca.

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