Ferragus, le fort disparu de l’Atalaye : aux origines défensives de Biarritz

Le château (ou fort) de Ferragus à Biarritz : histoire, disparition

Le nom de Ferragus fait partie de ces toponymes anciens de Biarritz qui nourrissent à la fois l’histoire locale et l’imaginaire. Tour à tour qualifié de château, de fort ou de tour, Ferragus a longtemps occupé le plateau de l’Atalaye, promontoire rocheux dominant le Port-Vieux. Aujourd’hui, il n’en subsiste aucun vestige visible. Pourtant, son souvenir traverse les siècles, jusqu’à sa disparition définitive au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Un site stratégique : le plateau de l’Atalaye

Le plateau de l’Atalaye constitue depuis l’Antiquité un point d’observation privilégié sur l’océan. Dominant l’entrée naturelle du Port-Vieux, il permettait :

  • la surveillance maritime,

  • la protection du port,

  • et le contrôle d’un secteur crucial pour la pêche (notamment la chasse à la baleine au Moyen Âge).

C’est sur ce promontoire que fut édifié le château de Ferragus, parfois aussi nommé château de Belay dans les textes anciens.

Le château médiéval de Ferragus

La construction du château est généralement située au XIVᵉ siècle, à une époque où le Labourd appartient à la couronne d’Angleterre dans le cadre du duché d’Aquitaine. Il s’agissait d’un ouvrage défensif, probablement bâti sur des structures plus anciennes, voire sur un site déjà fortifié.

Les descriptions anciennes évoquent :

  • des murs épais en pierre,

  • plusieurs tours,

  • un rôle militaire et dissuasif face aux incursions maritimes (corsaires, flottes ennemies).

Ferragus protégeait autant les habitants que les activités économiques de Biarritz, encore modeste village de pêcheurs.

Reconstitution du fort de Ferragus sur le plateau de l’Atalaye, à Biarritz.

Du château à la tour : une lente disparition

À partir du XVIIᵉ siècle, le château de Ferragus cesse d’être mentionné comme forteresse active. Les sources suggèrent qu’il tombe progressivement en ruine, victime :

  • de l’érosion marine,

  • du manque d’entretien,

  • et de l’évolution des techniques militaires.

Cependant, une tour subsiste sur l’Atalaye. Elle est transformée au fil du temps en tour de guet et de feu, servant à :

  • signaler l’entrée du port,

  • guider les marins,

  • maintenir une présence permanente sur le promontoire.

Cette tour est parfois appelée tour de la Haïlle ou tour de la Humade dans les documents anciens. Elle constitue le dernier vestige fonctionnel de l’ancien ensemble de Ferragus.

La tour de l'Atalaye le dernier vestige du fort de Ferragus

La Seconde Guerre mondiale : disparition définitive du site

C’est au cours de la Seconde Guerre mondiale que le site connaît son effacement final.

Entre 1942 et 1944, Biarritz est occupée par l’armée allemande. Le littoral est intégré au dispositif du Mur de l’Atlantique, entraînant de lourds travaux de fortification sur les points stratégiques. Le plateau de l’Atalaye, naturellement défensif, est alors profondément remanié.

Selon plusieurs sources locales et témoignages indirects :

  • la dernière tour associée à Ferragus est détruite vers 1943,

  • soit parce qu’elle gênait les aménagements militaires,

  • soit parce qu’elle était jugée inutile ou dangereuse dans un contexte de défense moderne.

Des blockhaus sont construits à proximité, modifiant définitivement la topographie du site. À partir de cette période, plus aucun élément bâti ancien n’est visible.

Encore visible en 1942, la tour de la Humade disparaît en 1943 lors de la construction d’un blockhaus sur le plateau de l’Atalaye.

Entre histoire et imaginaire

Comme souvent à Biarritz, la disparition matérielle du site a laissé place à de nombreuses hypothèses, récits et légendes: passages souterrains, ouvrages engloutis, ou reconstructions successives effacées par la mer et les hommes. Si aucune preuve archéologique ne permet aujourd’hui d’aller au-delà des sources écrites, Ferragus demeure un lieu-clé pour comprendre la genèse défensive de la ville.

À la fin du XIXᵉ siècle, la tour de l’Atalaye domine encore le site. En 2024, elle a disparu, laissant place à un paysage entièrement remodelé par les aménagements modernes.

Bibliographie et sources

  • Archives municipales de Biarritz, dossiers anciens sur le plateau de l’Atalaye

  • Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, séries médiévales et modernes

  • Pierre Tucoo-Chala, Histoire du Pays Basque, Privat

  • Jean-Baptiste Orpustan, Toponymie basque du Labourd, Elkar

  • Georges Duhourcau, Biarritz à travers les siècles, Atlantica

  • Articles de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne

  • Études locales sur le Mur de l’Atlantique en Pays basque

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