Le piment d’Espelette : un voyage du Nouveau Monde au cœur du Pays basque
Un piment venu de loin
Symbole gustatif du Pays basque, le piment d’Espelette ezpeletako biperra en basque n’a pourtant rien d’autochtone. Son histoire commence bien avant d’être accroché aux façades d’Espelette : elle prend racine au Mexique, là où les peuples précolombiens cultivent depuis des millénaires des piments du genre Capsicum annuum.
C’est à la suite des expéditions de Christophe Colomb, à la fin du XVe siècle, que ces plantes traversent l’Atlantique avant de gagner l’Europe entière.
Le piment va rapidement séduire les navigateurs, autorités coloniales et communautés rurales : il pousse facilement, se conserve bien et remplace avantageusement des épices coûteuses comme le poivre.
Les peuples précolombiens cultivent depuis des millénaires des piments du genre Capsicum annuum.
Juan Sebastián Elcano
L’arrivée du piment au Pays basque
La tradition locale attribue l’introduction du piment à deux figures possibles :
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Un marin basque compagnon de Colomb, revenu avec des graines inconnues.
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Ou Juan Sebastián Elcano (Elkano), navigateur basque ayant achevé le premier tour du monde en 1522, qui aurait ramené la plante dans sa région.
Aucune preuve écrite ne permet de trancher, mais les archives confirment que le piment est solidement implanté au Pays basque au milieu du XVIIᵉ siècle.
Autour de 1650, on trouve déjà mentions de « biperra » dans les potagers du Labourd. Espelette, village de terres fertiles et bien exposées, en devient progressivement un centre de production.
Du XVIIᵉ au XIXᵉ siècle, le piment d’Espelette reste une production familiale, intégrée au potager. Il est traditionnellement cultivé dans le « troisième jardin », celui dont les femmes ont la responsabilité. Elles sélectionnent les plus beaux fruits pour en extraire les graines, perpétuant ainsi une variété adaptée au climat et au sol locaux : la variété Gorria.
Elles assurent aussi le séchage, en enfilant les piments en longues cordes suspendues aux façades blanches ou sous les avant-toits des fermes labourdines. Cette image, devenue emblématique, était déjà décrite dans la littérature du XIXᵉ siècle.
Du XVIIᵉ au XIXᵉ siècle, le piment d’Espelette demeure une culture familiale, cultivée au potager. Elles assurent aussi le séchage.
Usages anciens : de la médecine à la charcuterie
Un remède avant d’être une épice
À son arrivée, le piment est d’abord utilisé comme plante médicinale. On lui prête des vertus digestives, antiseptiques, voire tonifiantes. Comme beaucoup de produits exotiques introduits à l’époque moderne, il se diffuse d’abord via les herboristes et les soins populaires.
Un substitut du poivre
Très vite, sa valeur culinaire s’impose. Dans les campagnes basques, où le poivre noir coûte cher, le piment devient l’épice du quotidien : soupes, ragoûts, omelettes, poissons, sauces et plats festifs s’en trouvent rehaussés.
Un rôle clé dans la conservation des viandes
Le piment séché puis réduit en poudre joue enfin un rôle capital dans la charcuterie basque. Associé au sel, il permet de mieux conserver jambons, saucissons ou ventrèches, tout en leur apportant une couleur et un parfum caractéristiques.
À son arrivée, le piment est d’abord utilisé comme plante médicinale.
De la tradition à l’appellation d’origine
Il faut attendre le XXᵉ siècle pour que la production du piment d’Espelette se structure. La communauté locale protège progressivement son savoir-faire, jusqu’à l’obtention de l’AOC en 2000, puis de l’AOP en 2002.
Aujourd’hui, seul dix communes du Labourd sont autorisées à produire le piment d’Espelette AOP, sous forme de poudre, de cordes ou de piments frais.
L’épice fait désormais partie intégrante de l’identité culinaire basque, mais aussi de son patrimoine paysager, grâce au spectacle des façades rougeoyantes à l’approche de l’automne.
Le village d'Espelette
Bibliographie succincte
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Pierre Epp, Le Piment d'Espelette : histoire et culture, Éditions Atlantica.
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Jean-Louis Étienne, Histoire de l’alimentation au Pays basque, Presses Universitaires de Bordeaux.
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Pierre Haristoy, Le Labourd à travers les siècles, Bayonne, 1998.
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INAO – Documentation sur l’AOC/AOP Piment d’Espelette.
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Musée du Piment d’Espelette – Ressources historiques.
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