La vallée d'Aritzakun en Navarre

Aritzakun, le hameau oublié d’Arizkun, au cœur de la vallée cachée de Baztan

Nichée entre montagnes et forêts épaisses, la vallée d’Aritzakun, en Navarre, fascine par son isolement, son histoire et la beauté intacte de ses paysages. Beaucoup la présentent comme « le village abandonné d’Aritzakun ». Pourtant, ce lieu n’est pas une commune à part entière : Aritzakun est en réalité un quartier d’Arizkun, localité rattachée à la municipalité de Baztán, dans la Communauté forale de Navarre.

La vallée d'Aritzakun entre les falaises des Peñas d'Itsusi et le sommet pyramidal d'Irubelakaskoa

Un hameau perdu entre France et Espagne

Situé à quelques kilomètres de Bidarray, en Basse-Navarre, le hameau est accessible par une piste de montagne qui serpente entre forêts et prairies avant de déboucher sur Aritzakun, souvent surnommé « le village abandonné ». Ce petit écrin de verdure, traversé par un ruisseau, est dominé par les falaises d’Itsusi et le sommet pyramidal d’Irubelakaskoa.

Administrativement, le hameau dépend du village d’Arizkun, l’un des lieux historiques les plus pittoresques du Baztan. Arizkun (ou Arizcun, selon l’orthographe espagnole) fait partie des quinze localités qui composent la grande vallée de Baztan, réputée pour ses maisons seigneuriales, ses traditions basques vivantes et son environnement préservé.

Le hameau d'Aritzakun en Navarre

Un passé rural et isolé

Jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, Aritzakun comptait plusieurs dizaines de maisons et fermes habitées. L’école du hameau a fonctionné jusque dans les années 1960, avant de fermer à cause de l’exode rural. Les familles ont progressivement quitté la vallée, trop isolée et difficile d’accès, mais certaines maisons sont encore entretenues par leurs descendants.

Aujourd’hui, on peut y voir les traces d’un village de montagne typique du Baztan : maisons en pierre, fronton, ancien lavoir, four à pain et quelques toits de tuiles rouges qui émergent de la végétation. Une fête traditionnelle y est encore organisée chaque début septembre, en hommage aux anciens habitants.

La vallée d'Aritzakun en Navarre

Entre légendes, or et nature sauvage

Selon la tradition orale du Baztan, des mines d'or auraient été exploitées dès l’époque romaine. Les Romains, maîtres dans l’art de détourner les rivières et d’extraire les paillettes d’or des alluvions, auraient laissé ici quelques traces de leur passage, aujourd’hui englouties par la végétation. Même si aucune preuve archéologique formelle n’a été mise au jour, cette hypothèse alimente encore la mémoire collective de la vallée et nourrit l’imaginaire des promeneurs.

L’idée de mines d’or exploitées par les Romains dans les Pyrénées occidentales n’est pas une légende isolée. Dès le Ier siècle avant notre ère, l’Empire romain a entrepris d’importants travaux d’extraction dans la péninsule Ibérique, notamment en Galice, en Asturies, mais aussi plus au sud et à l’ouest des Pyrénées.

Les Romains recherchaient principalement l’or alluvial, c’est-à-dire les paillettes déposées par les rivières. À l’aide de systèmes hydrauliques sophistiqués (canaux, bassins, dérivations), ils parvenaient à laver les sédiments aurifères. Ce savoir-faire, connu sous le nom de ruina montium, a laissé de nombreuses traces dans le nord de l’Espagne.

Dans le Baztan et la vallée d’Aritzakun, plusieurs indices laissent penser que de petites prospections aurifères ont pu exister : toponymes liés à la mine (Minateko Zokoa), traditions orales, et la présence de roches et alluvions propices à ce type d’exploitation. Aucun vestige archéologique majeur n’a encore été identifié, mais la mémoire du « trésor romain » d’Aritzakun persiste dans les récits locaux.

Urre-Putzu, le “puits de l’or” d’Aritzakun

Non loin des anciennes exploitations supposées, un lieu intrigue depuis des générations : Urre-Putzu, littéralement “le puits de l’or” en basque (urre = or, putzu = puits).
Situé au-dessus de la ferme de Sumutsuko Borda, ce vallon discret est associé à une légende selon laquelle on aurait autrefois trouvé des paillettes d’or dans le ruisseau. Les habitants y auraient lavé les sables aurifères, espérant récolter quelques fragments du métal précieux.

Des textes navarrais mentionnent que l’exploitation de ces sables aurifères était connue depuis longtemps, et certains chercheurs avancent qu’elle aurait pu être pratiquée dès l’Antiquité romaine. Les Romains, déjà présents dans la région, auraient exploité ces dépôts naturels avec leurs techniques hydrauliques sophistiquées.

Aucune galerie minière n’a été identifiée : Urre-Putzu n’était pas une mine, mais un site de lavage alluvial, où la rivière charriait de minuscules grains d’or. Aujourd’hui, le lieu est englouti par la végétation, mais son nom subsiste, comme une trace linguistique d’un passé aurifère oublié.

Entre réalité géologique et mythe local, le “puits de l’or” d’Aritzakun incarne parfaitement l’âme du Baztan : un territoire où l’histoire et la légende se confondent, où la nature garde encore le secret des anciens.

La vallée d'Aritzakun en Navarre

Un lieu hors du temps

Visiter Aritzakun, c’est plonger dans un monde suspendu entre passé et nature. Les randonneurs qui s’y aventurent ressentent la puissance tranquille de ce lieu où l’histoire humaine s’efface lentement devant la forêt.
Loin des routes principales, la vallée d’Aritzakun demeure l’un des rares espaces pyrénéens à avoir conservé son âme d’autrefois.

Et si, derrière ses maisons de pierre et ses sentiers oubliés, se cachait tout simplement le visage le plus authentique du Baztan ?

La vallée d'Aritzakun en Navarre

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