Cromlechs du Pays Basque : origine et signification

Les Cromlechs : Origine, Signification et Mystères au Pays Basque

Posés sur les crêtes, parfois baignés de brume, les cercles de pierres fascinent depuis des siècles. On les imagine volontiers liés à des rites anciens, aux druides ou à des légendes peuplées d’êtres fabuleux. Mais que sont réellement les cromlechs, et que représentent-ils au Pays basque ?

Que signifie le mot “cromlech” ?

Le terme cromlech vient du breton :

  • crom : « courbe, arrondi »

  • lech / lec’h : « pierre »

Il désigne donc un cercle de pierres.
En français, on l’emploie souvent pour parler de tout cercle mégalithique, mais dans le contexte basque, le mot le plus juste est harrespil, terme basque signifiant « enclos de pierres ».

Cromlech d'Ilarita - Okabe

Les Cromlechs du Pays Basque : des monuments funéraires de montagne

Les cromlechs du Pays basque, ou harrespils, jalonnent l’ensemble des massifs basques : du Labourd, de la Basse-Navarre et de la Soule jusqu’aux Pyrénées navarraises, mais aussi en Gipuzkoa, Biscaye et Álava, où ils se dressent sur les crêtes et sommets.

Qu’est-ce qui les distingue de ceux de Bretagne ? 

Très simplement :

  • Au Pays basque, les cromlechs sont petits, discrets, en altitude et funéraires (Âge du Fer).

  • En Bretagne, ils sont monumentaux, plus anciens (Néolithique) et liés à des rites et rassemblements, pas à des tombes.

Les cromlechs d'Errenga au pied du Bianditz (Oiartzun)

À quelle époque ?

Contrairement à une idée répandue, ces cercles ne remontent pas au Néolithique lointain mais à l’Âge du Fer :
entre 900 et 100 av. J.-C.

À quoi servaient-ils ?

Il s’agit de monuments funéraires liés à l’incinération :

  • cercle de pierres marquant l’emplacement de la tombe

  • parfois cendres, charbons, urne ou ciste au centre

  • peu ou pas d'objets accompagnant le défunt

Ces sépultures sont souvent regroupées en véritables nécropoles de montagne, discrètes mais profondément symboliques.

Structure du cromlech durant les fouilles au col de Méatché (Itxassou) - photo Jacques Blot

Détail de la ciste centrale durant les fouilles au col de Méatché (Itxassou) - photo Jacques Blot

Crémation, construction et choix du lieu : comment se déroulait un enterrement en harrespil ?

Même si les sources archéologiques ne permettent pas de reconstituer chaque détail, les fouilles et comparaisons protohistoriques donnent une image assez claire du déroulement.

1. La crémation du défunt

Au cours de l’Âge du Fer, le rituel funéraire basque reposait sur l’incinération :

  1. Le corps du défunt était brûlé sur un bûcher (à proximité du futur cromlech ou dans un lieu séparé).

  2. Une fois les flammes consumées, on recueillait les fragments d’os calcinés, les charbons et parfois de la terre brûlée.

  3. Ces restes étaient soit déposés directement dans le sol, soit placés dans une ciste (petit coffre de pierres).

Ce geste symbolique consistait à ramener l’âme à la terre, tout en marquant l’emplacement de la sépulture.

Fragments d’os calcinés

2. La construction du cercle de pierres

Le cromlech n’était pas un monument monumental, mais un espace chargé de sens. La construction se déroulait en plusieurs étapes :

  1. Choix d’un emplacement précis (souvent un point haut). On note une tendance claire : les cromlechs sont souvent associés à des points de vue exceptionnelsCe choix suggère que le paysage avait une dimension esthétique et émotionnelle : reposer face à l’immensité des montagnes, de l’océan ou des ciels ouverts.

  2. Délimitation circulaire de l’espace funéraire, probablement tracée avec une corde ou à vue.

  3. Pose des pierres :

    • blocs locaux, souvent peu taillés, plantés verticalement ou simplement posés

    • formant un cercle de 3 à 8 mètres de diamètre

  4. Parfois, l’espace intérieur était légèrement rehaussé, ou un petit tumulus était constitué au centre.

L’ensemble demandait peu d’outillage et pouvait être réalisé par un groupe familial ou tribal en peu de temps, mais avec une forte intention symbolique.

Structure du cromlech durant les fouilles au col de Méatché (Itxassou) - photo Jacques Blot

Un paysage sacré et pastoral

Le choix du cercle pour ces monuments n’est pas anodin. Le cercle est une forme universellement associée à la vie, à la mort, à la protection et à l’éternité. Sans début ni fin, il symbolise la continuité du cycle vital et crée un espace délimité, presque sacré, séparé du monde extérieur. Dans le cas des cromlechs du Pays basque, cette forme servait à encadrer la sépulture, à protéger symboliquement l’âme du défunt et à marquer un lieu à part.

Ces cercles étaient aussi pratiques à ériger : faciles à tracer, harmonieux, visibles dans le relief et adaptés au marquage d’une tombe collective ou individuelle. Ils reflètent également une idée d’égalité et de communauté, le cercle ne plaçant personne au centre ni au-dessus des autres.

Ces cercles de pierres se situent presque toujours :

  • sur des crêtes, cols et zones de passage

  • sur les itinéraires de transhumance

  • entre 600 et 1 400 m d’altitude

Ils témoignent d’un lien étroit entre rites funéraires, pastoralisme et montagne, où les vivants accompagnaient leurs troupeaux et rendaient hommage aux ancêtres au cœur des espaces élevés.

Cromlech d'Alchangue au pied du sommet de la Rhune et du Baigura

Cromlech d'Ibardin et d'Iraty-Cize

Mythologie basque : le pays des géants

La tradition populaire attribue souvent ces monuments aux Jentilak, des géants païens qui auraient habité les montagnes avant l’arrivée du christianisme.

Certains cromlechs portent d’ailleurs le nom de jentil-baratza :
« le jardin des géants ».

Ces récits renforcent l’aura mystérieuse du harrespil, même si rien ne prouve qu’ils aient eu une fonction religieuse ou magique.

La tradition populaire attribue souvent les cromlechs aux Jentilak, qui auraient habité les montagnes avant l’arrivée du christianisme.

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