Forêts du Pays Basque — épisode 1
Cet article inaugure une série consacrée aux grandes forêts du Pays Basque, entre patrimoine naturel, mémoire humaine et identité locale.
À travers ces paysages boisés, c’est tout un pan de l’histoire du territoire qui s’exprime : celle d’un peuple qui, depuis des siècles, façonne, protège et vit au rythme de la forêt.
Une forêt façonnée par le temps
La forêt communale de Saint-Pée-sur-Nivelle s’étend sur plus de 1 300 hectares. Véritable poumon vert du Labourd, elle incarne à la fois la mémoire des paysages basques et la vitalité d’un milieu naturel en constante évolution.
Comme beaucoup de forêts du Pays Basque, celle de Saint-Pée-sur-Nivelle n’est pas une nature sauvage oubliée de l’homme. Elle résulte d’un équilibre ancien entre exploitation, pastoralisme et régénération naturelle. Les vallons boisés qui s’étendent jusqu’aux premières collines pyrénéennes furent longtemps des zones de coupe, de parcours et de refuge.
Jadis, les paysans y prélevaient le bois de chauffage, les branches de chêne ou de hêtre pour nourrir les bêtes, et les troncs les plus droits pour la charpente. Les « arbres têtards » que l’on trouve encore par endroits, au tronc massif et aux multiples rejets, témoignent de ces pratiques d’un autre âge.
Depuis les hauteurs du quartier Amotz de Saint-Pie-sur-Nivelle
Des essences caractéristiques du Labourd
L’actuel aménagement forestier, établi par l’Office national des forêts pour la période 2006-2025, montre une composition d’une belle diversité.
La chênaie domine largement avec le chêne pédonculé (près de 50 % des peuplements), accompagné de chênes rouges d’Amérique introduits au XXᵉ siècle (environ 18 %). Ces chênes, mêlés à des hêtres, des châtaigniers et des aulnes, forment la trame traditionnelle du couvert basque.
Quelques pins maritimes et autres résineux — vestiges de plantations expérimentales ou d’enrésinements partiels — complètent le paysage.
Cet équilibre entre feuillus autochtones et essences introduites illustre la complexité écologique et historique du lieu : une forêt vivante, nourrie d’initiatives humaines successives, parfois heureuses, parfois discutables.
Un espace de mémoire naturelle
La forêt recèle aussi une mémoire plus ancienne. Sous son épaisse canopée, on retrouve des vestiges de charbonnières, de vieux murets, d’anciens chemins de transhumance reliant les vallées du Labourd à celles de Navarre. Ces traces, souvent effacées par la mousse et les feuilles, rappellent le rôle fondamental des forêts dans la vie économique et symbolique des villages basques.
Dans la mythologie locale, la forêt est d’ailleurs le domaine des laminak, ces esprits discrets qui habitent les sources et les pierres. Elle représente le mystère, la protection, mais aussi la force tranquille du territoire.
Les bois s’ouvrent par endroits sur des clairières et des prairies où le pastoralisme demeure bien présent, rappelant l’ancienne cohabitation entre l’arbre et le troupeau.
Une faune discrète mais foisonnante
Sous la voûte des chênes et des hêtres, la forêt de Saint-Pée-sur-Nivelle abrite une faune d’une remarquable diversité. Les clairières et sous-bois humides servent de refuge au chevreuil, au blaireau et au renard roux, tandis que les lisières attirent le sanglier, très présent dans tout le Labourd.
La forêt résonne aussi des cris d’oiseaux :
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le pigeon ramier, la grive musicienne et le geai des chênes, familiers des massifs feuillus ;
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le pic épeiche et le pic noir, indicateurs d’un bois ancien riche en insectes ;
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le rossignol et la fauvette à tête noire, cachés dans les taillis.
Les zones plus humides, proches des ruisseaux, accueillent le triton palmé, la salamandre tachetée et de nombreuses espèces d’amphibiens. Les nuits d’été, les chauves-souris chassent entre les troncs, profitant des clairières pour se nourrir de papillons de nuit et de moustiques.
Cette diversité témoigne de la bonne santé écologique du massif et de la continuité des milieux naturels entre les collines de Sare et les forêts d’Ustaritz.
Sous la voûte des chênes et des hêtres, la forêt de Saint-Pée-sur-Nivelle abrite une faune d’une remarquable diversité
Une gestion durable et raisonnée
Aujourd’hui, la forêt de Saint-Pée-sur-Nivelle est gérée de manière durable par la commune et l’ONF. Le plan d’aménagement veille à concilier production de bois, préservation de la biodiversité et valeur paysagère.
Les grands chênes et hêtres âgés sont conservés comme arbres-habitats pour la faune, tandis que les peuplements plus jeunes sont exploités avec prudence. La diversité des essences et des strates végétales permet d’absorber le carbone, de limiter l’érosion des sols et d’abriter un riche réseau d’espèces végétales et animales.
Et au-delà : les autres grandes forêts du Pays Basque
Saint-Pée-sur-Nivelle n’est qu’un fragment du vaste manteau vert qui recouvre le Pays Basque. D’autres forêts, tout aussi emblématiques, jalonnent le territoire :
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la forêt d’Iraty, plus grande hêtraie d’Europe occidentale ;
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la forêt des Arbailles, sauvage et calcaire, au cœur de la Soule ;
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la forêt de Sare, célèbre pour ses 42 000 chênes têtards et son histoire sylvo-pastorale ;
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les forêts communales de La Rhune, entre mer et montagne ;
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le Bois de Mixe, rare forêt de plaine dans le paysage basque.
Toutes racontent, à leur manière, la relation ancienne entre l’homme, le relief et l’arbre.
La forêt de Saint-Pée-sur-Nivelle
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