Le village de Beyrie-sur-Joyeuse - Bithiriña

Beyrie-sur-Joyeuse, la mémoire d’un château oublié au cœur de la Basse-Navarre

En Basse-Navarre, Beyrie-sur-Joyeuse – que les Basques appellent aujourd’hui Bithiriña – s’étend entre les collines verdoyantes du Pays de Mixe, entouré par Amendeuix-Oneix, Amorots-Succos, Armendarits, Béguios, Lantabat, Luxe-Sumberraute, Méharin, Orsanco et Saint-Palais.
Petit village paisible, il cache pourtant un riche passé seigneurial.

Le village de Beyrie-sur-Joyeuse - Bithiriña

Un nom aux origines mystérieuses

L’origine du nom Beyrie reste incertaine. Certains y voient une racine latine, vitrina, qui évoquerait la présence ancienne d’une verrerie — hypothèse séduisante mais jamais confirmée. D’autres penchent pour une étymologie gasconne : beyresignifiant « point de vue », un sens qui sied parfaitement à la position dominante du château de Beyrie, perché au-dessus du village et offrant une vue dégagée sur les vallées environnantes.
C’est d’ailleurs ce domaine noble qui donna son nom à la paroisse.

Le château, cœur historique du village

Situé près de l’église, au centre de Beyrie, le château — aujourd’hui en ruines — impressionne encore par la puissance de ses murs. Jadis demeure d’une lignée prestigieuse, il fut l’un des sièges du pouvoir local en Basse-Navarre.
Les premières mentions du lieu remontent au XIIᵉ siècle, époque où les seigneurs de Beyrie exerçaient une influence considérable dans le Pays de Mixe. Leur lignée s’éteindra au milieu du XVe siècle, mais plusieurs de ses membres marquèrent l’histoire régionale :

  • Bernard de Beyrie fut mesnadier (chambellan) de la reine Blanche.

  • En 1320, la salle noble (Jaureguia en basque) est citée dans les textes.

  • En 1353, un membre de la famille siège à la cour de Mixe.

  • Bertrand de Beyrie, seigneur de Beyrie et d’Amendeuix, devient bailli du Pays de Mixe et capitaine du château de Garris sous le règne de Charles le Noble, roi de Navarre.

À sa mort, son fils Arnaud-Guilhem hérite du domaine, mais décède en 1436, laissant pour seule héritière sa fille Jeanne de Beyrie. Par son mariage avec Guillaume de Domezain, la seigneurie passe à cette puissante famille béarnaise.

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De Domezain à Montréal : la succession des lignées

Les Domezain, propriétaires de vastes terres, s’éteignent à la mort de Valentin de Domezain, sans descendance. En 1573, sa sœur Isabeau, veuve de Jean d’Urtubie de Montréal, transmet Beyrie à leur fils Tristan de Montréal, époux de Claude Catherine de Belsunce, héritière du château de Barcus.
Isabeau se remarie ensuite avec Jean de Garro de Mendionde, unissant ainsi plusieurs grandes maisons du pays.

Le château de Beyrie reste entre les mains de la famille de Montréal jusqu’en 1830, avant d’être vendu à la famille Etchats vers la fin du XIXᵉ siècle. Restauré au début du XXᵉ siècle, il souffrira de lourdes dégradations pendant l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Depuis, la bâtisse n’a plus été habitée ni entretenue.

Mémoire et patrimoine

Dans l’église du village, on peut encore admirer la stèle funéraire de Tristan de Montréal, gravée d’une inscription commémorative rappelant l’ancienne grandeur du lieu.
Autrefois plus peuplé, Beyrie comptait 721 habitants en 1901 ; en 2022, ils n’étaient plus que 536 Bithirindar, témoignant de la lente évolution démographique des villages du Pays Basque intérieur.

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Bibliographie

  • Collectif, Histoire du Pays de Mixe et de la Basse-Navarre, Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne, Bayonne, XXe siècle.

  • Jean-Baptiste Orpustan, Toponymie basque, Éditions Izpegi, Baigorri, 2000.

  • Pierre Hourmat, Noblesse et institutions en Navarre médiévale, Presses Universitaires de Pau et des Pays de l’Adour, 1998.

  • Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, séries E et B : actes seigneuriaux, généalogies et archives notariales concernant Beyrie et le Pays de Mixe.

  • Louis de Marca, Histoire de Béarn, Pau, XVIIe siècle (rééd. modernes).

  • INSEE, Recensements de la population de Beyrie-sur-Joyeuse, XIXe–XXIe siècles.

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