Bayonne avant et après la tempête du 22 février 1915
Le 22 février 1915, un ouragan d’une violence exceptionnelle s’est abattu sur Bayonne et toute sa région, semant la désolation, provoquant d’importants dégâts matériels et coûtant la vie à plusieurs habitants.
Le lendemain, la Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz publiait un long compte rendu de cette catastrophe naturelle. En voici la retranscription :
Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz
Édition du 23 février 1915
Le désastre d’hier
Nous recevons de nouveaux détails sur la tempête qui a semé la désolation dans notre région.
De mémoire d’homme, jamais un ouragan d’une telle violence n’avait frappé Bayonne et ses environs. Pendant près de neuf heures, un vent d’une intensité inouïe s’est abattu sur la ville, jetant l’effroi parmi la population et causant de nombreuses victimes.
Aux Allées-Paulmy
L’un de nos rédacteurs se trouvait, hier, sur ce lieu si cher aux promeneurs bayonnais, au plus fort de la tourmente.
Les grands ormes, dont la ramure ombrage en été les allées, s’abattaient l’un après l’autre dans un vacarme effrayant de bois brisé.
Lorsque les rafales redoublaient, le passant devait s’arc-bouter de toutes ses forces contre le vent pour éviter d’être projeté au sol. Le sifflement furieux de la tempête à la cime des arbres ajoutait encore à la terreur du spectacle.
Chaque pas était un danger : un orme déraciné, un arbuste fracassé pouvaient, d’un instant à l’autre, broyer les malheureux qui s’aventuraient sur la promenade.
Aujourd’hui, ce lieu d’ordinaire si paisible n’est plus qu’un entassement de troncs abattus et de branches éclatées, que les plus démunis s’empressent déjà de ramasser pour alimenter leur foyer.
Les victimes
Aux Allées-Paulmy, aux Allées-Marines et jusqu’au camp Saint-Léon, les magnifiques ormes séculaires ont subi de lourds dommages : une centaine d’entre eux gisent, fracassés, sur le sol. La circulation des tramways du B.-A.-B. et du B.-L.-B. a dû être interrompue.
Mais le plus tragique demeure la perte de vies humaines.
Vers huit heures du matin, le jeune Hubert Dibart, 16 ans, élève du Lycée de Bayonne, se rendait aux Arènes pour y prendre le tramway. C’est là qu’un arbre s’effondra sur lui. M. Grégoire, commissaire central, accourut pour porter secours. Le jeune homme respirait encore lorsqu’il fut dégagé, mais il s’éteignit pendant son transport, la tête et la poitrine écrasées. Le docteur Dordosgoïty, appelé en urgence, ne put que constater le décès.
Hubert était le fils d’un capitaine du 49e régiment, actuellement soigné dans une ambulance du front après avoir été blessé pour la seconde fois au Champ d’honneur.
Presque au même moment, Clarisse Farabos, épouse Susbielle, 59 ans, laitière d’Anglet, trouvait la mort sur la route du camp Saint-Léon, écrasée par un arbre gigantesque alors qu’elle conduisait son attelage.
Non loin du cimetière, cinq enfants furent également pris dans les branchages d’un orme renversé par la tempête. Tous ont été relevés blessés, plus ou moins grièvement.
Les dégâts matériels
Les destructions sont innombrables.
Une grande partie de la toiture de la Halle a été arrachée. Le garage de la Société Nautique, sur les bords de l’Adour, est presque entièrement détruit. La gare du Midi, en pleine reconstruction, a subi d’importants dommages.
L’évaluation des pertes n’est pas encore connue, mais elles s’annoncent considérables.
Dans la matinée
Ce matin encore, le vent a soufflé, bien que moins violemment. La pluie, puis une grêle épaisse, ont recouvert la ville et la campagne d’un manteau blanc. Le tonnerre a grondé à plusieurs reprises.
Enfin, vers midi, des éclaircies se sont dessinées. Le vent a molli, et le soleil, timide, est venu jeter une pâle clarté sur le champ de ruines laissé par les éléments déchaînés.
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