L’urne funéraire polypode du tumulus d’Urdanarre : un témoin rare du Bronze ancien basque
Sur les hauteurs de Saint-Michel, en Basse-Navarre, le massif d’Urdanarre porte encore les traces d’un vaste ensemble funéraire préhistorique. Parmi ces monuments, le tumulus d’Urdanarre Nord 1 a livré l’un des objets les plus fascinants du Bronze ancien sur la façade atlantique : une urne funéraire polypode, c’est-à-dire un vase munis à l’origine de plusieurs petits pieds, décoré de bandeaux imprimés à la cordelette.
Le tumulus d’Urdanarre : avant et pendant la fouille (photo Jacques Blot)
Un tumulus de montagne, aux marges d’une voie antique
Le site d’Urdanarre se situe à plus de 1 200 mètres d’altitude, dans un secteur où s’échelonnent tumulus, cromlechs et anciennes voies de passage. Fouillé en 1991 par l’archéologue Jacques Blot, le tumulus Nord 1 s’inscrit dans un groupe de quatre tertres et d’un cromlech, non loin d’un itinéraire menant aux ports de Cize. Comme beaucoup de monuments funéraires protohistoriques du Pays basque, il marque un territoire, une limite symbolique autant qu’une présence humaine régulière en altitude.
Au centre du tertre, les fouilles ont révélé un grand coffre de dalles, renfermant les ossements d’un jeune individu. À ses côtés, dans un angle du coffre, reposait délicatement déposé un petit vase en terre cuite : l’urne polypode.
L’urne funéraire d'Urdanarre est mise au jour (photo Jacques Blot)
L’urne funéraire d'Urdanarre est mise au jour (photo Jacques Blot)
Un vase sophistiqué du Bronze ancien
L’urne d’Urdanarre appartient au vaste groupe des vases biconiques aquitains, caractéristiques du Bronze ancien / Bronze moyen (vers 1800–1600 avant notre ère). Haute d’un peu moins de 16 cm, large d’un peu plus de 21 cm, elle présente toutes les marques d’un objet façonné pour une fonction rituelle.
Sa particularité réside dans la présence originelle de cinq petits pieds ovales — d’où le terme « polypode » (et plus précisément pentapode) — aujourd’hui disparus mais dont l’arrachement demeure clairement visible. Ce type de poterie, rare en contexte funéraire, témoigne d’un savoir-faire technique développé : l’ajout de pieds décoratifs nécessitait une maîtrise fine de la cuisson et de la fixation.
Le décor, lui, est remarquable. La partie supérieure du vase est entièrement ornée de motifs imprimés à la cordelette : bandes horizontales, chevrons, lignes verticales descendant des anses. Cette technique, typique du Sud-Ouest de la France à l’âge du Bronze, consistait à appliquer une cordelette torsadée sur l’argile fraîche pour créer des effets texturés géométriques.
Illustration d’une probable scène de mise en terre d’une urne à l’âge du Bronze.
Paysages pastoraux et rites funéraires
Le sédiment prélevé à l’intérieur de l’urne a révélé, grâce à une analyse pollinique, un paysage largement ouvert : prairies, landes à bruyère, pâturages d’altitude. On y reconnaît les marqueurs d’une économie pastorale en pleine montagne, pratiquée par les premiers bergers protohistoriques des Pyrénées occidentales. La présence de ce vase dans une sépulture isolée atteste que ces hauteurs, loin d’être désertes, étaient parcourues, exploitées et habitées de manière saisonnière.
Le tumulus ne s’est pas limité à une seule phase d’utilisation. Des os calcinés retrouvés dans le tertre montrent qu’il fut réutilisé à l’époque médiévale (XIVᵉ–XVᵉ siècles) pour des incinérations. Cette continuité rituelle, à plusieurs millénaires de distance, témoigne de la persistance de lieux de mémoire durablement ancrés dans le paysage.
L’urne funéraire polypode du tumulus d’Urdanarre : un témoin rare du Bronze ancien basque (photo Jacques Blot)
Une pièce maîtresse du Musée Basque de Bayonne
Aujourd’hui, l’urne funéraire polypode du tumulus d’Urdanarre est conservée au Musée Basque et de l’Histoire de Bayonne, où elle occupe une place de choix dans les salles consacrées aux premiers habitants des montagnes basques. Émouvant témoin d’un rite funéraire ancestral, elle nous rappelle que ces crêtes, que l’on parcourt aujourd’hui en randonnée, étaient déjà des espaces de vie, de mort et de transmission il y a près de quatre mille ans.
L’urne funéraire polypode du tumulus d’Urdanarre : un témoin rare du Bronze ancien basque (photo Jacques Blot)
Bibliographie sélective
Sources principales sur l’urne d’Urdanarre
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Blot, J. (1991). Fouilles du tumulus d’Urdanarre Nord 1 (rapports internes, Service régional d’Archéologie).
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Roussot-Larroque, J. (1993). « Vase polypode “Apode” décoré à la cordelette du tumulus d’Urdanarre-Nord 1 à Saint-Michel (Basse-Navarre) ». Munibe (Antropologia-Arkeologia), XLV, 123-140.
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Marambat, L. (1993). « Analyse pollinique du contenu du vase d’Urdanarre ». In Roussot-Larroque, op. cit.
Contexte archéologique et protohistoire basque
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Blot, J. (1987). Les tumulus et cromlechs de la région de Saint-Jean-Pied-de-Port. Bayonne : Société des Sciences, Lettres et Arts.
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Cavaillès, H. & Roussot-Larroque, J. (dir.). (1990). Le Bronze ancien en Aquitaine. Bordeaux : C.R.A.L.
-Orliac, M. (2000). Protohistoire du piémont pyrénéen. Toulouse : CNRS.
Muséographie
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Musée Basque de Bayonne. Catalogue des collections protohistoriques, salle 03.
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